Modifié le 21 novembre 2018 à 18:36

Pour qui roulent les candidats au Conseil fédéral?

La Saint-Galloise Karin Keller-Sutter, favorite pour succéder à Johann Schneider-Ammann au Conseil fédéral.
Enquête sur les liens d'intérêt des candidats au Conseil fédéral Forum / 2 min. / le 21 novembre 2018
Assurances, cliniques privées, industrie: les candidats au Conseil fédéral siègent dans de nombreux conseils d'administration, touchant parfois des rémunérations importantes. Contrairement à la dernière élection, leur indépendance n'est pas remise en question.

Il y a un peu plus d'un an, Ignazio Cassis faisait les gros titres. Le Tessinois, alors candidat au Conseil fédéral, était fustigé pour ses liens avec l'organisation faîtière de caisses maladie, Curafutura.

Une nouvelle élection au Conseil fédéral approche, mais, cette fois, les articles sur les liens d'intérêt des candidats se font rares. Pourtant, les quatre prétendants au gouvernement cumulent une quarantaine de mandats dans diverses organisations, dont près de la moitié dans des conseils d'administration, selon une analyse de la RTS. Avec, à la clé, des revenus parfois conséquents.

180'000 francs par an pour un mandat

La question des rémunérations, c'est justement ce qui avait valu à Ignazio Cassis d'être attaqué. Il était accusé de protéger les caisses maladie, ses adversaires soulignant que Curafutura lui versait 180'000 francs par an. Alors, combien gagnent les candidats au Conseil fédéral? Hormis Heidi Z'graggen (PDC/UR), dont le salaire de conseillère d'Etat est public, aucun candidat n'a accepté de dévoiler ses revenus. "C'est privé", répondent-ils.

L'opacité règne aussi du côté des sociétés où ils siègent. Contactées, celles-ci ont refusé de communiquer leurs rémunérations. Dans de rares cas, les groupes publient des chiffres détaillés et nominatifs dans leurs rapports annuels.

Selon ces rapports, le PLR Hans Wicki reçoit 116'000 francs par an pour présider le conseil d'administration de la société des remontées mécaniques Engelberg-Trübsee-Titlis. Quant à Karin Keller-Sutter, la favorite pour succéder à Johann Schneider-Ammann, elle perçoit 180'966 francs par an de La Bâloise. Au total, elle a reçu 840'000 francs depuis son entrée au conseil d'administration de l'assureur en 2013. De plus, la Saint-Galloise détient 2581 actions du groupe, dont la valeur actuelle atteint 365'000 francs.

"Un prototype bourgeois"

Les adversaires politiques de Karin Keller-Sutter ne lui reprochent pas un éventuel manque d'indépendance vis-à-vis de l'assureur. Même si elle perçoit une somme semblable à celle que recevait Ignazio Cassis des caisses maladie.

"Ce n'est pas pareil", estime Carlo Sommaruga (PS/GE). "En tant que président de Curafutura, Ignazio Cassis était le chef lobbyiste des caisses maladie, avec une position offensive face à toutes les propositions d'Alain Berset sur l'assurance maladie."

Pour le conseiller national, les mandats rémunérés dans le privé de Karin Keller-Sutter font simplement d'elle "un prototype bourgeois". "Elle n'est pas différente d'un autre PLR. A choisir, autant élire une femme", poursuit Carlo Sommaruga.

Viola Amherd et les cliniques privées

Ce dernier porte un regard similaire sur la PDC Viola Amherd, bien que ses mandats concernent deux enjeux stratégiques du Conseil fédéral: les transports et la santé. En effet, la Valaisanne siège au conseil d'administration de plusieurs sociétés de transport, dont l'entreprise ferroviaire BLS, ainsi que le Swiss Medical Network (SMN), anciennement Genolier, qui détient 17 cliniques et hôpitaux privés.

"Elle n'est pas porteuse d'un combat pour les cliniques privées au Parlement", constate Carlo Sommaruga. Celui-ci n'y voit donc pas de "problème flagrant d'indépendance", même si, "sur le principe, bien sûr, tous ces liens posent problème".

Valentin Tombez, avec Alexandra Richard et Tybalt Félix

Publié le 21 novembre 2018 à 18:07 - Modifié le 21 novembre 2018 à 18:36

Les principaux liens d'intérêt des candidats PLR

La Saint-Galloise Karin Keller-Sutter compte principalement des mandats dans les assurances et les fonds de pension. Elle préside également la faîtière du commerce de détail (Swiss Retail Federation), qui défend de nombreux groupes comme Manor, IKEA ou encore Aldi et Lidl.

Son adversaire, Hans Wicki, a dirigé de nombreuses entreprises. Actuellement, ses mandats se concentrent entre l'automobile, l'industrie, dont le groupe Schindler, et le tourisme. Le Nidwaldien préside aussi le lobby de la construction, constructionsuisse, dont il a accrédité le directeur au Parlement.

Les principaux liens d'intérêt des candidates PDC

La Haut-Valaisanne Viola Amherd est celle qui cumule le plus de liens d'intérêt: une quinzaine, dont la moitié dans des conseils d'administration. On y trouve diverses entreprises de son canton, dont Migros Valais, des entreprises de transport et des cliniques privées. Les liens de la conseillère nationale semblent particulièrement étroits avec le groupe SMN (Genolier): elle a accrédité au Parlement l'un de ses cadres.

Pour l'Uranaise Heidi Z'graggen, la situation est différente, puisqu'elle ne siège pas sous la Coupole, mais dans l'exécutif de son canton. A Uri, les ministres (à temps partiel) peuvent toutefois exercer des mandats dans le privé. Elle siège dans un seul conseil d'administration, celui des centrales électriques de Suisse centrale (CKW). Heidi Z'graggen précise toutefois qu'une partie importante des revenus pour ce mandat, 26'000 francs par an, reviennent au canton.