Modifié le 29 mars 2018 à 16:48

Les "deep fakes", des vidéos truquées au fort potentiel de nuisance

Deepfake: les vidéos truquées envahissent le web
"Deep fake": les vidéos truquées envahissent le web 19h30 / 2 min. / le 26 mars 2018
Les vidéos "deep fake" consistent à remplacer par ordinateur le visage d'une personne par celui d'une autre. Les mouvements de sa bouche sont calqués sur ceux de l'original pour lui prêter des propos qui ne sont pas les siens.

Des "deep fakes" ultra réalistes ont fleuri sur le web ces derniers mois. Si l'échange de visages en vidéo était déjà possible depuis quelques années, la technologie s'est récemment démocratisée et perfectionnée.

Un logiciel en accès libre, simple à utiliser, a été mis à la disposition du grand public. Des progrès en matière d'intelligence artificielle permettent désormais de synchroniser le mouvement des lèvres et le discours, et ce, sans être un génie de l’informatique et du codage.

De nombreux "deep fakes" qui circulent sur internet sont à vocation humoristique. Le comédien américain Nicolas Cage, par exemple, est le grand chouchou des truqueurs, qui se sont amusés à coller son visage dans des dizaines de vidéos en ligne.

"Pornographie involontaire"

Mais la technique est aussi massivement utilisée par des internautes aux intentions malveillantes. Le "deep fake" s'est ainsi développé comme un genre pornographique à part entière.

De fausses vidéos X, utilisant par exemple les visages de l'ancienne Première dame des Etats-Unis Michelle Obama ou d'actrices telles que Scarlett Johansson, ont été créées à l'insu des intéressées.

L'ampleur du phénomène est telle que plusieurs grands sites, dont Pornhub et Twitter, ont décidé de bannir ces vidéos truquées.

Le forum Reddit a fermé en février un fil de discussion consacré aux "deep fakes" qui comptait environ 90'000 abonnés. Le site a expliqué que ce groupe contrevenait aux règles en matière de "pornographie involontaire".

Risques de déstabilisation politique

Les "deep fakes" mettant en scène des politiciens sont également légion. Et certains redoutent que cette technologie soit bientôt suffisamment aboutie et crédible pour avoir le potentiel de déstabiliser un Etat, ou de duper un électorat.

"C'est terrifiant, aujourd'hui je peux créer une vidéo du président des Etats-Unis en train de dire n'importe quoi", s'est alarmé il y a quelques jours un informaticien sur la chaîne américaine CBS.

"Pouvoir coller le visage de quelqu'un sur le corps d'une autre personne (par exemple un acteur), c'est du pain-bénit pour quiconque voudrait interférer dans un processus électoral", a estimé dans la même émission le sénateur démocrate Mark Warner.

>> On pourrait aussi imaginer que l'image d'un présentateur de TJ soit exploitée pour relayer des "fake news" à l'antenne, comme ici avec cette ébauche de faux Darius Rochebin réalisée dans le cadre des Hackdays:

L'enjeu de la certification des images

Il peut être difficile en tant qu'internaute de démêler le faux du vrai. "On a du mal à imaginer qu'une image puisse être trafiquée, montée ou fausse", note la spécialiste Solange Ghernaouti.

L'experte croit que l'essor de ces fausses vidéos rendra nécessaire la certification des images à l'avenir, et que "cela fera émerger de nouvelles compétences", en particulier dans le domaine du journalisme, pour estimer le degré de véracité d'une information.

Quelques conseils d'ici là: si, sur une vidéo, le visage n’a pas l'aspect habituel, -par exemple pixellisé aux contours-, si les propos tenus sont incroyables et si le tout provient de sources douteuses, il est probable qu'il s'agisse d’un canular.

>> Le regard de Nouvo:

Marie-Emilie Catier / Pauline Turuban

Publié le 26 mars 2018 à 20:22 - Modifié le 29 mars 2018 à 16:48