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L'espèce humaine ne sera pas martienne

Illustration d'un avant-poste sur la planète Mars.
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Ça nʹa pas de science: la possibilité d'une vie sur Mars / CQFD / 22 min. / le 12 mai 2022
La course à l'exploration de Mars bat son plein. Mais l'installation d'une colonie humaine sur la planète rouge reste un rêve de science-fiction irréalisable et non souhaitable pour de nombreuses et nombreux spécialistes de l'astrophysique.

En septembre 2016, lors d'une conférence donnée à Guadalajara au Mexique, Elon Musk, notamment patron de Space X et de Tesla, annonçait son projet de colonisation de Mars. Un projet en apparence très solide, avec un objectif: une ville martienne d'un million d'habitants avant la fin de ce siècle.

>> Lire à ce sujet: Le milliardaire Elon Musk veut établir une "ville" sur Mars

La colonisation humaine de Mars est-elle réaliste? Non, selon l'astrophysicienne et collaboratrice scientifique au Département d'astronomie de l'Université de Genève Sylvia Ekström. Elle a signé avec son mari l'ouvrage "Nous ne vivrons pas sur Mars, ni ailleurs" (éd. Favre). Ses arguments sont multiples.

Une histoire d'eau

D'abord la planète rouge n'est pas habitable. Cela signifie que l'eau passe de l'état de glace à celui de vapeur sans transition liquide. Or, l'eau est indispensable à la vie telle que nous la connaissons. Donc un établissement martien ne pourrait avoir lieu que sous cloche, dans une ville bulle.

La fabrication d'une telle structure serait extrêmement complexe, même si l'on devait le faire sur Terre. L'idée d'extraire les matériaux de base directement sur Mars est séduisante, mais peu réaliste car il faudrait pour cela construire des usines et des hauts fourneaux sur place.

La fatigue du corps

Par ailleurs, les contraintes sanitaires liées au voyage en apesanteur ne sont pas négligeables. Le voyage simple course dure au minimum cinq mois et les astronautes de la station orbitale ISS nous ont appris que ces séjours n'étaient pas sans conséquence: la circulation sanguine est totalement perturbée, ainsi que la masse osseuse et les articulations. Un séjour de six mois dans l'ISS correspond à un vieillissement de dix à vingt ans sur Terre.

Enfin, les martionautes seront bombardés de rayons cosmiques, une exposition aux radiations qui correspond à l'équivalent de cinquante-cinq radios du thorax par jour.  

Une idée scandaleuse

Michel Mayor, astrophysicien et prix Nobel de physique 2019, se déclare "complètement allergique à cette idée de colonie martienne". En réalité cette idée le scandalise: "Plutôt que de se préoccuper de la vie sur Terre, l'humanité mettrait collectivement des moyens gigantesques pour permettre une telle expérience; c'est n'importe quoi!". Il juge d'ailleurs le projet "non réalisable".

Alors pourquoi l'opinion est-elle si fortement influencée par les idées d'Elon Musk? Selon Florian Cova, professeur assistant en philosophie et psychologie à l'Université de Genève, l'une des explications est ce que l'on appelle le biais de prestige, une tendance à vouloir imiter et suivre les gens qui ont le plus de succès.

Adrien Zerbini/sb

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