Modifié le 16 février 2018 à 14:55

Les abonnements du New York Times rapportent plus d'un milliard de dollars

Le New York Times a gagné quelque 276'000 nouveaux abonnés en ligne sur le seul dernier trimestre de 2016.
Le New York Times bat des records d'abonnements Tout un monde / 6 min. / le 12 février 2018
Le quotidien américain New York Times a dépassé pour la première fois en 2017 le milliard de dollars de recettes grâce à ses abonnements numériques et papier, un contraste saisissant en pleine crise de la presse.

Le New York Times a réussi l'an passé à augmenter de 50% ses abonnés pour l'édition numérique, des courbes à la hausse qui confortent le statut de quotidien de référence du quotidien sur le papier, comme sur le net.

Son site est un modèle du genre. Arnaud Mercier, professeur en communication politique à l’Institut français de presse à l’Université Paris-2 n'est pas vraiment surpris par ces chiffres et ce succès: "Il y a une vraie dynamique depuis plusieurs années du New York Times à investir massivement pour le numérique et préparer une mutation qui aboutira certainement même un jour à la disparition du papier, alors que sa réputation a été fondée sur le fait que c'était un journal, et depuis longtemps."

Pour Arnaud Mercier, l'arrivée au pouvoir de Donald Trump et le climat de "suspicion généralisée sur les médias" ont aussi amené à un retour "vers un média qui est considéré comme LE média de référence".

>> Lire: Le New York Times a gagné 348'000 abonnés, notamment grâce à Donald Trump

Un acteur contre les "fake news"

Le New York Times oeuvre comme un acteur majeur contre les "fake news", explique Philippe Amez Droz, chargé de cours au Medialab de l'Université de Genève. Le quotidien suit, décrypte, analyse la présidence Trump avec une attention toute particulière. Il tient notamment à jour une liste de tous les mensonges de Donald Trump – plus de 2000 depuis son investiture.

Alors que le président américain ne cesse de dénoncer dans ses discours et ses tweets "the failing New York Times", "le New York Times défaillant", qui est en train d’échouer, les chiffres montrent une réelle solidité économique du quotidien. Ces chiffres valident le choix de mettre l’accent d’abord sur les lecteurs, les abonnés, même si les revenus de la publicité ne sont pas négligés.

Répondre au besoin de qualité du public

Mark Thompson, directeur général du groupe New York Times expliquait sa stratégie à Sciences-Po à Paris en mai dernier. Pour lui, "la demande fondamentale du public pour un journalisme de qualité et des analyses de qualité va probablement croître", ce qui permet de "faire confiance au public", et de "construire votre modèle économique sur la conviction que le journalisme de qualité est un produit que les gens désirent et qu'ils sont prêts à payer pour cela".

Le New York Times a fait le choix – rapidement – de faire payer pour l'accès à son site, un choix jugé risqué il y a 7 ans. L'autre grand site anglophone globalisé, celui du Guardian, est lui resté gratuit d’accès, un choix qui n'est pas tenable, explique Arnaud Mercier. "Le Guardian est en difficulté. A la fin de ses articles, il y a toujours un appel à contribution volontaire pour soutenir le Guardian. Même si le quotidien a annoncé avoir récolté pas mal d'argent avec ce système, je pense que même au Guardian, ils seront obligés de venir un jour ou l'autre à ce modèle "premium", qui mêle articles gratuits et contenu payant, parce que l'information a un coût".

La seule rédaction du New York Times compte en effet plus de 1000 personnes.

Patrick Chaboudez/ebz

Publié le 12 février 2018 à 14:45 - Modifié le 16 février 2018 à 14:55