Modifié le 28 octobre 2016 à 18:08

Les pro-Trump jugent que la chaîne conservatrice Fox News vire à gauche

La journaliste de Fox News Megyn Kelly, autrefois icône des conservateurs, subit le désamour des supporters de Donald Trump qui l'accusent de malmener leur candidat.
La journaliste de Fox News Megyn Kelly, autrefois icône des conservateurs, subit le désamour des supporters de Donald Trump qui l'accusent de malmener leur candidat. [Carlos Barria - Reuters]
Donald Trump divise au sein même de Fox News, un média traditionnellement plébiscité par les conservateurs. Beaucoup de supporters du candidat républicain en ont conclu que Fox News roule pour les démocrates et délaissent la chaîne.

Les partisans de Donald Trump n'aiment en général pas les grands médias. Pour eux, ces émanations de l'"establishment" sont corrompues, manipulent les sondages et mettent toute leur force de frappe au service du Parti démocrate. Jusqu'ici, une seule chaîne de télévision nationale avait leur confiance, Fox News. Mais le pilier médiatique du mouvement conservateur vacille depuis un virulent échange, diffusé mardi en prime-time, entre la star de Fox News Megyn Kelly et le républicain Newt Gingrich.

Loin de la bienveillance à laquelle les conservateurs invités chez Fox News semblent être habitués, Megyn Kelly a fâché son interlocuteur en l'interrogeant sans détour sur les accusations d'agressions sexuelles dont Donald Trump fait l'objet. Le ton montant, le politicien a reproché à la journaliste d'être "fascinée par le sexe", ce à quoi elle a rétorqué être plutôt “fascinée par la protection des femmes”.

Cette chaîne où les républicains étaient autrefois relativement hors de danger est ainsi devenue mardi soir, aux yeux de Newt Gingrich, un énième média engagé dans "une propagande contre Donald Trump digne du soviétisme", selon les termes de la radio NPR.

"Ce n'est plus notre chaîne"

Les supporters de Donald Trump, eux, en ont conclu que "Fox News n'est plus (leur) chaîne". Et Megyn Kelly, ancienne icône des conservateurs, est désormais persona non grata. "Elle est pitoyable", a déclaré une supportrice du milliardaire au micro de la RTS. "Elle est plus du côté des démocrates", a renchéri une autre.

>> Ecouter des supporters du candidat républicain mercredi en marge d'un meeting en Caroline du Nord (dès 3'30):

Des partisans de Donald Trump à Colorado Springs, le 17 septembre 2016.
Mike Segar - Reuters
Le Journal du matin - Publié le 28 octobre 2016

Les réactions des supporters du milliardaire ont également été virulentes sur les réseaux sociaux.

"Megyn Kelly s'est fait crier dessus par Newt Gingrich ce soir dans 'The Kelly File'. Je ne regarderai PLUS JAMAIS UNE SEULE SECONDE de son émission."

"Il n'y a plus de différence entre Megyn Kelly et Rachel Maddow (journaliste politique pour MSNBC, ndlr). C'est une journaleuse de l'establishment."

Le départ du président de la chaîne a libéré la parole

Il faut dire que Megyn Kelly n'est pas connue pour suivre à la lettre la ligne de la chaîne, et que ses relations avec Donald Trump n'ont jamais été idylliques. En août 2015, Donald Trump, mécontent du traitement que la présentatrice lui avait réservé lors du premier débat de la primaire républicaine, avait réglé ses comptes publiquement avec elle - au moyen de propos jugés sexistes.

Pour autant, le New York Times estime qu'un tournant s'est opéré en juillet dernier, lorsque le PDG de Fox News, Roger Ailes, a été poussé à la démission après avoir été accusé de harcèlement sexuel (entre autres par Megyn Kelly). Le journal estime que le départ du père fondateur de la chaîne, dont les accointances avec Donald Trump étaient connues  - il le conseillait informellement avant les débats - a libéré la parole au sein de la chaîne.

Soutiens influents

"En l'absence de Roger Ailes, Megyn Kelly est plus libre de mener son émission selon ses propres termes, qui ne sont ni ceux de Hillary Clinton, ni ceux de Donald Trump, et donc pas ceux du public de base de Fox News", écrit le journal. Le New York Times relève que d'autres contributeurs de Fox News, qui n'approuvent pas la candidature de Donald Trump, le font désormais savoir beaucoup plus explicitement qu'il y a quelques mois.

Le problème est que le roi de l'immobilier compte encore des soutiens très influents au sein de la chaîne, en particulier les présentateurs Bill O’Reilly ou Sean Hannity, ce qui crée de profondes divisions.

Pauline Turuban

Publié le 28 octobre 2016 à 17:52 - Modifié le 28 octobre 2016 à 18:08

Toujours au sommet, Fox News fait face à des défis existentiels

Fox News a célébré ses 20 ans le 7 octobre. La première chaîne d’information des Etats-Unis attire en moyenne 2 millions de téléspectateurs chaque jour et a réalisé 1,5 milliard de dollars de profit l'an passé.

Mais pour beaucoup d’observateurs, la grande époque de Fox News touche à sa fin. Créée à l'origine par Rupert Murdoch afin d'offrir une alternative aux médias existants, accusés de complaisance envers le Parti démocrate, la chaîne a fini par se couper d’une grande partie de l'électorat américain avec ses vues ultra-conservatrices.

Pour preuve, la chaîne CNN a regagné du terrain ces derniers mois et, pour la première fois depuis 15 ans, est leader sur la cible convoitée des 25-54 ans. Le public de Fox News est, lui, homogène et vieillissant. Nonante-huit pour cent des téléspectateurs sont blancs, leur âge médian est de 68 ans, contre 59 ans pour ceux de CNN.

Des polémiques et des outrances nombreuses

Si Fox News est la chaîne d'information la plus regardée aux Etats-Unis, elle est aussi l'un des médias les plus critiqués. En cause, de nombreuses déclarations controversées de ses journalistes et chroniqueurs, ponctuellement accusés de dérapages sexistes et racistes, et plus généralement de manque de déontologie journalistique. Quelques exemples:

- Un journaliste a été accusé d'aligner les clichés racistes lors d'un reportage sur Chinatown au début du mois. En décembre 2013, Megyn Kelly a été critiquée pour avoir défendu à l'antenne que " le père Noël et Jésus étaient blancs".

- En janvier dernier, la chaîne a été sous le feu des critiques, et déclenché la colère de la Ville de Paris, quand un "expert" a déclaré à tort que des secteurs entiers de la capitale française étaient des "no-go zones", de véritables zones de non-droit. A la même période, Fox News a affirmé, là encore à tort, que la ville anglaise de Birmingham était "totalement musulmane", et a diffusé un sujet visant à "apprendre aux enfants à se défendre face à un terroriste". Pour "démontrer la barbarie du groupe Etat islamique", la chaîne est allée jusqu'à diffuser sur son site l'intégralité d'une insoutenable vidéo de propagande montrant l'exécution d'un pilote d'avion jordanien.

- A plusieurs reprises, des contributeurs de Fox News ont été particulièrement acerbes à l'égard d'interlocuteurs musulmans. Une étudiante américaine de confession musulmane interrogée en 2012 s'est entendue dire qu'elle n'était "pas Américaine". "Il est temps que l'on voie plus de patriotisme de la part de la communauté musulmane et moins de terrorisme", lui a lancé sa contradictrice. Invité par la chaîne en juillet 2013, pour discuter de son livre sur Jésus-Christ, l'historien Reza Aslan a dû répondre à plusieurs reprises à cette question: "Vous êtes musulman, pourquoi avoir écrit un livre sur le fondateur de la chrétienté?"

- Fox News a aussi été accusé à plusieurs occasions de manipulation d'images, d'avoir coupé ou sorti des phrases de leur contexte, etc. En juillet 2008 par exemple, des photos de deux journalistes du New York Times et du Times ont été retouchées par Fox News - manifestement pour les enlaidir - avant d'être diffusées à l'antenne.