Modifié le 13 février 2019 à 12:09

Cyberharcèlement: comment le définir, le prévenir, y réagir?

L'invité de La Matinale (vidéo) - Sébastien Fanti, préposé valaisan à la protection des données
L'invité de La Matinale (vidéo) - Sébastien Fanti, préposé valaisan à la protection des données La Matinale / 9 min. / le 13 février 2019
L'anonymat et le manque de réponses légales adaptées font le lit du cyberharcèlement sur les réseaux sociaux, analyse le préposé valaisan à la protection des données Sébastien Fanti. Ses conseils pour une vie numérique pacifique.

Revenant sur l'affaire française de la Ligue du Lol - où des journalistes et publicistes parisiens sont accusés d’avoir harcelé d’autres utilisateurs, principalement des femmes, sur le réseau social Twitter -  Sébastien Fanti se dit consterné. "Ce cas est exceptionnel de bêtise. On a affaire à des gens, pourtant formés, qui n'ont pas du tout réfléchi. Si on a un tant soit peu de connaissance des réseaux sociaux, on n'agit pas de la sorte", assène-t-il au micro de La Matinale de la RTS mercredi.

>> Lire: Des journalistes français rattrapés par leur passé de cyberharceleurs

La leçon à en tirer, pour le préposé valaisan à la protection des données, est que rien n'est jamais oublié, comme l'illustrent ces tweets qui ont refait surface sept ou huit ans plus tard. "Tout ce que vous émettez comme avis va vous suivre. La virginité numérique n'existe plus, notre ADN est défini par nos publications."

Cyberharcèlement, définition souple

Où commence le cyberharcèlement? "On peut parler de cyberharcèlement dès qu'on intervient à l'égard d'une personne en la critiquant par exemple, sans qu'elle en soit forcément consciente, avec diffusion occulte d'informations qui lui portent préjudice." Cette définition est toutefois très large, et les circonstances doivent être examinées au cas par cas, précise Sébastien Fanti.

Le premier problème à la base des pratiques de harcèlement est l'anonymat. "L'anonymat est à la source de nombreux désagréments et incivilités, sans que cela soit forcément des actes illicites", déplore le Valaisan. Pour lui, tout exploitant d'un réseau social devrait être en mesure d'identifier la personne réelle qui se cache derrière un pseudonyme pour pratiquer une critique "lâche et vile" sur sa plateforme.

Arsenal légal à compléter

Au niveau de l'arsenal juridique suisse pour punir les auteurs de cyberharcèlement, le droit de fond est suffisant, estime l'avocat. Par contre, le temps joue en défaveur des victimes, souligne-t-il. "Le Parlement fédéral demande que les réseaux sociaux aient l'obligation d'avoir un siège en Suisse, ce serait une première mesure positive. Mais il faudrait également des procureurs spéciaux qui travailleraient à la naissance du litige, comme des ambassadeurs accrédités par un Etat auprès des réseaux sociaux."

Informés du début d'une campagne de cyberharcèlement, ces procureurs pourraient interpeller les parties par e-mail ou via un "chat", puis demander que certains contenus soient retirés, voire effacés par le réseau social. "Ce serait là une réponse adaptée au vecteur, digne du XXIe siècle", estime Sébastien Fanti.

Que faire si l'on est victime de cyberharcèlement?

Que faire dès lors si l'on est victime de cyberharcèlement? Premièrement, en parler à quelqu'un, se confier à une personne qui ne soit pas dans l'émotionnel mais qui puisse analyser froidement ce qui se passe et donner des conseils.

Ensuite, il faut informer la police et demander le soutien des centres cantonaux LAVI d'aide aux victimes. Et surtout, ne pas réagir à chaud sur les réseaux sociaux, pour éviter un "backfire" - des critiques encore plus violentes en se défendant. "Je me suis fait traiter de nazi hier, j'ai juste répondu 'c'est votre version des faits', et je m'en suis tenu là", illustre le Valaisan.

Règles de survie sur les réseaux sociaux

De manière général,  les règles de survie pour une existence pacifique sur les réseaux sociaux peuvent être résumées en quatre points, selon le spécialiste.

1) Garder à l'esprit que c'est comme dans le monde réel. Dans une rixe, tous les protagonistes peuvent être condamnés. "Si les choses tournent au vinaigre, il faut quitter la discussion, partir. Cela ne sert à rien de discuter avec des gens qui versent dans le subjectif, qui ne peuvent plus discuter raisonnablement."

2) Rester pondéré en toutes circonstances.

3) Ne pas accepter dans son cercle d'amis quelqu'un qui se montre inutilement polémique.

4) Exclure toute personne qui ne sait pas se protéger suffisamment et qui se fait hacker son compte, par exemple en choisissant des mots de passe peu fiables. "Cette personne représente un danger dans la discussion, je l'exclus donc de ma communité."

>> Ecouter aussi: L'affaire de la "Ligue du LOL" souligne la banalité du cyberharcèlement: débat entre Tamara Funiciello et Yannick Rochat

Yannick Rochat, chercheur en humanités digitales à l'Université de Lausanne et Tamara Funiciello, présidente des Jeunes socialistes suisses.
Twitter/Keystone
Forum - Publié le 12 février 2019

Propos recueillis par Chrystel Domenjoz

Adaptation web: Katharina Kubicek

Publié le 13 février 2019 à 09:32 - Modifié le 13 février 2019 à 12:09