Modifié le 25 janvier 2018 à 09:07

L'ostéoporose au coeur d'un scandale découvert à Lausanne

Ostéoporose: le remède peut être pire que le mal - Hôpitaux et EMS: Soigner c’est aussi bien nourrir!
Ostéoporose: le remède peut être pire que le mal / Hôpitaux et EMS: Soigner c’est aussi bien nourrir! 36.9° / 59 min. / le 24 janvier 2018
Des médecins lausannois se sont battus pour faire reconnaître un effet secondaire grave du Prolia, un traitement contre l'ostéoporose, révèle mercredi une enquête de l'émission 36,9. Face à eux, le géant pharmaceutique Amgen.

Tous les matins, Pierrette doit prendre de puissants antidouleurs pour tenir le coup. A 58 ans, sa colonne vertébrale est brisée. La faute au Prolia, un médicament qu'elle a commencé à prendre début 2011 pour lutter contre l'ostéoporose sévère dont elle souffrait, comme une femme sur deux après 50 ans.

Les problèmes ont plus précisément commencé au moment où - sa masse osseuse s'étant amélioré - elle a arrêté le traitement. Sont alors apparues des douleurs de plus en plus handicapantes, jusqu'au diagnostic final: onze fractures de vertèbres.

Un lien établi dès 2015

"A partir de l'été 2015, on a commencé à suspecter un effet secondaire dramatique", se souvient Olivier Lamy, médecin-chef au Centre des maladies osseuses du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Aussi appelé effet rebond, ce type d'effet secondaire longtemps insoupçonné concernerait une centaine de personnes en Suisse.

Dans l'émission 36,9 de la RTS mercredi, le spécialiste lausannois revient sur les différentes étapes qui l'ont mené à un bras de fer contre le géant américain Amgen pour faire reconnaître cet effet rebond.

J'avais l'impression d'être au tribunal dans la peau d'un accusé. C'est apparemment leur stratégie

Olivier Lamy, médecin-chef au CHUV

Car, même s'il est du devoir des médecins de signaler de possibles effets secondaires d'un médicament, au nom de la pharmacovigilance, la firme a très mal pris cette démarche. Après avoir mis sur le marché en 2010 un médicament prometteur, l'entreprise semble avoir tout fait pour décourager l'équipe lausannoise d'en parler librement.

Alerte entendue par Swissmedic

La compagnie, dont le siège européen est situé à Zoug, a également refusé de répondre, même par écrit, aux questions de la RTS, se bornant à dire sa "grande surprise" d'apprendre l'existence de telles fractures à l'arrêt du traitement dont un des avantages est d'être injecté une seule fois tous les six mois.

On est de nouveau face à une affaire qui rappelle celle du Mediator, ces affaires où on a essayé de dissimuler des problèmes et de mettre la poussière sous le tapis

Thierry Buclin, responsable du service de pharmacovigilance au CHUV

L'alerte lancée par Olivier Lamy et ses collègues a toutefois été entendue par Swissmedic, l'autorité suisse de surveillance des médicaments. En 2017, la notice du Prolia change enfin. Les dangers liés à l'arrêt du Prolia sont clairement indiqués et l'usage à titre préventif du médicament déconseillé, selon le professeur Lamy.

"Le Prolia reste un médicament efficace; ce qui est délicat, c'est l'arrêt du traitement", résume Olivier Lamy, qui souligne que celui-ci doit absolument être pris en charge par un spécialiste pour parer la survenue de fractures.

Pour Pierrette, et la centaine de cas similaires recensés en Suisse, il est déjà trop tard.

Enquête de Christophe Ungar

Adaptation web: Juliette Galeazzi

>> Sujet diffusé dans l'émission 36,9 à 20h10 sur RTS Un

Publié le 25 janvier 2018 à 08:25 - Modifié le 25 janvier 2018 à 09:07