Modifié le 05 octobre 2017 à 16:51

Un atlas des soins en Suisse révèle de grandes disparités entre cantons

Trop de médecine nuit !
Trop de médecine nuit ! 36.9° / 30 min. / le 04 octobre 2017
Pose-t-on autant de prothèses à Genève qu'à Berne? Jusqu'à présent, aucune synthèse chiffrée n'existait sur les opérations en Suisse. Un atlas a été mis en ligne cet été pour comparer les pratiques et identifier les soins "surconsommés".

Depuis trois ans, Marcel Widmer et son équipe au sein de l'Observatoire suisse de la santé (Obsan) travaillent sur des chiffres jusque-là inexploités. Le but: cartographier le nombre de traitements hospitaliers par canton et région en Suisse dans un atlas des soins.

Les données pour une trentaine d'opérations sont désormais disponibles. Et certaines laissent apparaître une importante disparité entre les cantons, par exemple dans le nombre de prothèses discales insérées ou d'opérations d'hernie.

"Les variations ne sont généralement pas dues à la préférence d'un patient qui veut absolument une opération ou non", explique dans l'émission 36,9° Marcel Widmer. "Elles sont dues à une variation de la pratique des médecins et c'est cela que nous voulions documenter."

Quels facteurs entrent en ligne de compte?

Des études antérieures avaient déjà révélé d'importantes différences dans les domaines de la chirurgie orthopédique ou de l'obstétrique.

"On devrait pourtant avoir le même taux de prothèse de hanche à Bâle ou dans le Tessin", s'étonne le prof. Christoph Meier, directeur médical de l'Hôpital universitaire de Bâle. "S'il existe une différence, elle doit s'expliquer soit par une différence de population soit par une différente pratique de la médecine", ajoute le médecin qui lutte depuis des années contre les actes inutiles.

D'autres facteurs que l'indication médicale entrent donc en ligne de compte lors du choix d'une intervention, dont la rentabilité.

"Depuis cinq ans, nous avons un système de financement qui privilégie l'aspect économique, c'est-à-dire que plus on opère plus on gagne de l'argent", admet le prof. Bernhard Jost, président de la Société suisse d'orthopédie et de traumatologie. "La difficulté est de ne pas céder à la tentation, il ne faut avoir que le patient au premier plan."

L'exemple américain

Malgré le besoin de constat sur cette situation, aucune autorité fédérale ne compare les pratiques médicales globales canton par canton. De son côté, l'atlas de Marcel Widmer a été conçu grâce au soutien d'une fondation privée.

Alors que la transparence en matière de soins n'en est qu'à ses débuts en Suisse, le marché de la santé est cartographié depuis plus de vingt ans aux Etats-Unis. Les données récoltées ont mis en évidence un problème de surconsommation et ont déclenché une prise de conscience générale.

En comparant les pratiques régionales, les autorités américaines ont identifié des centaines d'actes médicaux inutiles et pris des mesures. Un mouvement appelé "Choosing wisely" ("Choisir judicieusement") qui a inspiré une quinzaine d'autres pays. En Suisse, seule la Société de médecine interne a rédigé une liste de cinq interventions à éviter.

>> Reportage dans l'émission 36,9° mercredi soir sur RTSun:

Paléo – Vegan: le choc des régimes - Trop de médecine nuit!
36.9° - Publié le 04 octobre 2017
 

Reportage de Maya Chollet

Adaptation web de Tamara Muncanovic

Publié le 04 octobre 2017 à 19:45 - Modifié le 05 octobre 2017 à 16:51