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Un risque d'infection au SARS-CoV-2 très élevé à la reprise de l'école

Quels risques représente le Covid pour les enfants? Interview de Pierre-Alex Crisinel (vidéo) [RTS]
Quels risques représente le Covid pour les enfants? Interview de Pierre-Alex Crisinel (vidéo) / L'éclairage d'actualité / 5 min. / le 21 juillet 2021
La semaine dernière, la vaccination a ralenti dans notre pays avec -16%. Face au variant Delta, à la possibilité d'une quatrième vague de Covid-19 et à la rentrée des classes, la question de l'immunisation de la population adolescente de plus de douze ans se pose.

La situation était "rassurante, elle est devenue préoccupante": les mots ont été prononcés mardi par Samia Hurst, vice-présidente de la task force scientifique. Elle appelle la population à se vacciner massivement avant l'apparition d'une nouvelle vague de Covid-19.

>> Lire: La vaccination contre le Covid-19 bientôt au point mort en Suisse

Le taux de reproduction actuel du virus est de 1,4: la Suisse fait face à une nouvelle croissance exponentielle des infections. Parmi les personnes les plus touchées se trouvent les jeunes qui sont nombreux à ne pas être vaccinés.

Avec la rentrée prochaine des classes, le sujet de la vaccination des écolières et des écoliers se pose: "C'est une question délicate", remarque Pierre-Alex Crisinel, médecin à l'unité pédiatrique et vaccinologie du CHUV.

Pas de vaccination à large échelle pour les adolescents

"Quand on regarde les chiffres des infections, ceux qui sont les plus importants sont dans la tranche d'âge des 20-29 ans. Dans les 10-19 ans, on a à peu près le même nombre de cas que dans les 30-39 ans; donc il faut d'abord encourager la population des jeunes adultes à se faire vacciner. La recommandation des jeunes adolescents à partir de l'âge de douze ans reste la même: c'est un choix individuel de se faire vacciner. Ce n'est pas une recommandation de vaccination à large échelle", explique-t-il au micro de La Matinale.

Le risque de contamination des 12-15 ans va être probablement encore plus élevé avec le variant Delta

Pierre-Alex Crisinel, médecin à l'unité pédiatrique et vaccinologie du CHUV. [RTS]
Pierre-Alex Crisinel, médecin à l'unité pédiatrique et vaccinologie, CHUV

Dans l'idéal, il faudrait atteindre une immunité dite "populationnelle", soit un taux de vaccination de 70%. Les jeunes adultes ont certes leur part à jouer, mais faut-il inciter les parents à faire vacciner leurs enfants? Pour le médecin, ce qui est important, c'est de prendre conscience que "le risque de contamination, dans cette tranche d'âge-là, va être probablement encore plus élevé avec le variant Delta".

"Au moment de la reprise de l'école, le risque d'être infecté va être probablement très très élevé. Pour celles et ceux qui sont encore hésitants par rapport à la vaccination, ça doit être un incitatif pour aller se faire vacciner encore cet été".

Le calcul risque-bénéfice

Mais le choix individuel doit être basé sur un calcul risque-bénéfice. Médecins et pédiatres devraient peut-être encadrer davantage la décision des parents: "Le risque de la maladie est extrêmement faible dans la population adolescente des 12-15 ans, voire jusqu'à 18 ans. Il y a extrêmement peu de complications liées à cette maladie. Ce n'est pas zéro complication, mais il y en a très très peu. Donc le bénéfice individuel par rapport aux complications, on va dire qu'il est plutôt limité".

Pierre-Alex Crisinel compare ensuite ce risque-là au bénéfice et au risque de la vaccination: "Le risque de la vaccination est extrêmement limité: on a très peu de risques d'effets secondaires graves. On a entendu parler de myocardites, mais le risque est très faible. Ce sont des maladies qui ont une évolution quasiment tout le temps favorable, sans complication. Nous sommes dans une balance bénéfice-risque qui est très équilibrée".

Ce qui change peut-être par rapport au moment où la recommandation est sortie pour les 12-15 ans, c'est que le nombre de cas est en train d'augmenter: "Ce que l'on peut dire à la population, c'est que la probabilité d'échapper à l'infection à la reprise de l'école est de moins en moins élevée".

>> Ecouter aussi le sujet de La Matinale sur la question de la vaccination des enfants:

Des doses de vaccin contre le Covid-19. [Martial Trezzini - Keystone]Martial Trezzini - Keystone
Faut-il vacciner les jeunes avant la rentrée des classes? / La Matinale / 1 min. / le 21 juillet 2021

Risques rares, mais présents

Dans les risques lié au virus existe le syndrome inflammatoire sévère: il reste rare, mais apparaît de plus en plus chez les jeunes. Cette population – on en ignore la raison – développe des Covid longs: "La grosse difficulté que nous avons, c'est d'évaluer ce risque de Covid long. Les chiffres varient de 10 à 15% et la catégorisation est aussi très difficile. Comme chez les adultes, on peut avoir des atteintes d'organes; chez les adolescents, ce sera plutôt des fatigues prolongées". Un fardeau difficile à apprécier.

"Par rapport au syndrome inflammatoire multisystémique, ces cas surviennent, on les voit souvent dans une population qui n'a pas de facteurs de risques. Mais le risque est très faible", souligne le scientifique.

"Cela fait partie de cette évaluation bénéfice-risque. Tant que nous ne sommes pas dans une stratégie claire d'avoir un taux de couverture vaccinale fixe, c'est extrêmement difficile d'avoir un discours qui dépasse simplement l'évaluation individuelle. Quand on arrivera dans ce discours-là, il faudra d'abord que la population des jeunes adultes atteigne ces fameux 70%, qui pourraient même être au-delà des 80% avec le variant Delta, pour une couverture vaccinale populationnelle", conclut-il.

>> Regarder un reportage sur le Covid long:

Les malades de Covid long sont plus nombreux que prévu: une étude menée à Genève révèle qu’ils représentent 39% des cas [RTS]
Les malades de Covid long sont plus nombreux que prévu: une étude menée à Genève révèle qu’ils représentent 39% des cas / 19h30 / 2 min. / le 20 juillet 2021

Interview radio: Valérie Hauert

Version web: Stéphanie Jaquet

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