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Le CHUV veut améliorer la prise en charge des personnes transgenres

Le CHUV veut améliorer la prise en charge des personnes transgenres. [RTS]
Le CHUV veut améliorer la prise en charge des personnes transgenres. / 19h30 / 2 min. / le 12 octobre 2020
La prise en charge des personnes transgenres se développe lentement en Suisse. Le CHUV organisait un symposium sur la question de l'identité des genres, en particulier celle des enfants et des adolescents. Un cycle de conférences pris d'assaut par des professionnels.

Lea se souvient s'être très fortement identifiée au personnage féminin d'un manga, il y a bien longtemps: "C'était à l'âge de 7 ans, à peu près, en regardant un dessin animé japonais. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à me questionner". Et c'est à l'âge de 47 ans qu'elle s'est affirmée dans le genre féminin.

Son quatrième psychiatre a enfin validé sa souffrance avec un bon diagnostic: ce n'était pas une dépression ou un refoulement de son homosexualité supposée, mais bien une incongruence de genre: "Je regrette toutes les années qui sont passées où je n'ai pas été heureuse, où je n'ai pas vécu pleinement. Je regrette aussi les attributs masculins qui se sont développés à la puberté", témoigne Lea au 19h30.

De fortes lacunes

Le monde médical suisse présente de fortes lacunes dans la prise en charge des personnes trans. Pour y remédier, le CHUV a envoyé un de ses pédiatres se former au Canada pendant deux ans.

L'institution lausannoise organisait récemment un symposium en faveur d'une approche trans affirmative, c'est-à-dire une approche d'accompagnement et de soutien des jeunes dans l'exploration de leur identité de genre: "Pendant longtemps on était sur un modèle du médecin expert qui va prendre la décision pour le patient. Qui décide qui a le droit au traitement, quand est-ce que le patient a droit au traitement", explique Raphaël Wahlen, chef de clinique à la division interdisciplinaire de santé des adolescents, au CHUV.

"Maintenant, on essaie plutôt d'amener le principe de la décision partagée où le patient, la famille et le professionnel de la santé décident ensemble du traitement qui va être le mieux pour le patient", souligne-t-il.

Une formation urgente des pédiatres...

L'événement a fait salle comble. Il faut dire qu'à ce jour, en Suisse, il n'y a presque aucune mention des besoins spécifiques des personnes trans dans le cursus de médecine.

Le plus urgent: former les pédiatres et médecins de premier recours, car 60% des trans prennent conscience de leur incongruence de genre avant l'âge de dix ans: "On voit que les traitement qui ont lieu de façon assez précoce permettent d'avoir de meilleurs résultats: ce sont les patients qui expriment avoir une meilleure santé mentale et physique, également, plutôt que les patients qui ont eu accès plus tard au traitement", remarque Raphaël Wahlen.

...et des chirurgiens

Naomie a 26 ans. Elle s'est affirmée dans le genre féminin il y a trois ans, bien plus tôt que Lea, notamment grâce à des stars de Youtube auxquelles elle a pu s'identifier.

Aujourd'hui, elle attend une vaginoplastie pour se sentir pleinement femme; mais en Suisse, la formation des chirurgiens est aussi insuffisante et ne permet pas encore des opérations optimales pour les transgenres: "C'est important qu'il y ait une vraie formation, un vrai suivi, et qu'on puisse avoir un lieu de référence avec des personnes compétentes et formées pour nous accueillir. Après tout, on paye tous des assurances et je pense qu'on mérite tous d'avoir un système de santé adéquat", affirme la jeune femme.

Un peu plus de 1% de la population serait transgenre, avec un taux plus important chez les jeunes, signe que le tabou s'étiole.

>> Lire: LGBT et autres notions de genre

Sujet télévisé: Cecilia Mendoza et Eliane Rucktuhl

Version web: Stéphanie Jaquet

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