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"Un vaccin créé en Suisse? Je ne pense pas", estime le patron de Debiopharm

Thierry Mauvernay, directeur de Debiopharm (vidéo) [RTS]
Thierry Mauvernay, directeur de Debiopharm (vidéo) / La Matinale / 10 min. / le 16 avril 2020
La mise au point de vaccins sûrs et efficaces est un point clef de la bataille contre la pandémie de Covid-19. De nombreuses entreprises pharmaceutiques se sont lancées dans la bataille, y compris en Suisse. Directeur de Debiopharm, Thierry Mauvernay était l'invité de La Matinale.

Epidémiologistes, virologues, experts en santé publique s'accordent à dire que seules des campagnes de vaccination massives parviendraient à stopper efficacement l'épidémie de Covid-19.

Cela a déjà été le cas par le passé, sur une période bien plus longue, pour la variole, autre maladie virale sans traitement efficace, rayée de la carte des maladies depuis 1980 grâce aux vaccins.

Respecter les protocoles

Les attentes sont donc fortes autour des pharmas pour trouver "la" solution. "On voit l'angoisse et la panique autour de nous, donc on essaie de faire les choses rapidement, mais il faut respecter les protocoles scientifiques et les valider", explique Thierry Mauvernay, directeur de l'entreprise pharmaceutique Debiopharm basée à Lausanne et à Martigny, dans La Matinale jeudi.

L'importance de respecter un protocole scientifique pour prouver l'efficacité d'un vaccin est d'autant plus cruciale que la gravité des cas de coronavirus est très variable: "Sur une centaine de personnes touchées, il y en a cinquante qui sont asymptomatiques, une trentaine avec des symptômes relativement faibles, et une quinzaine où c'est plus grave. Donc si on teste un vaccin sur quarante personnes, est-ce qu'on l'a donné aux personnes qui n'ont quasiment rien et on peut se réjouir de les avoir guéries? Ou est-ce qu'on l'a donné aux personnes plus atteintes et dans ce cas on va se dire que ça ne marche pas beaucoup", s'interroge Thierry Mauvernay.

Peu de chance d'avoir un vaccin suisse

Dans la perspective de trouver un vaccin, Debiopharm a créé une task force et investi deux millions de francs, mais s'est engagé à fournir un produit gratuitement. "On ne gagnera pas un sou dans la lutte contre le Covid-19", affirme le directeur à la RTS, précisant par ailleurs que son entreprise va prochainement débuter les tests d'un antiviral déjà existant sur des patients atteints du coronavirus.

Y a-t-il dès lors une chance que le vaccin tant attendu vienne de Suisse? "Je ne pense pas. Les essais cliniques sont intimement liés à la taille de la population qui doit être large et si possible avoir de très grands hôpitaux avec beaucoup de patients pour tester rapidement. En Suisse, on a des grands hôpitaux, mais on n'a pas de grande population", conclut le patron de Debiopharma.

Propos recueillis par Romaine Morard

Adaptation web: Jérémie Favre avec afp

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Pas avant 2021?

Le séquençage complet du génome du nouveau coronavirus à la mi-janvier 2020, puis la dissémination mondiale de la maladie, a mis en ébullition tout ce que la planète compte en laboratoires de recherche sur les vaccins.

Les grands noms de la pharmacie et une myriade de laboratoires de biotechnologies sont sur les rangs: plus de 100 projets de vaccins seraient actuellement en développement, selon François Balloux, chercheur à University College de Londres.

Les géants de l'industrie pharmaceutique, le français Sanofi (France) et le britannique GSK, espèrent proposer ensemble un vaccin d'ici l'an prochain. Leur concurrent américain Johnson & Johnson mise sur sa propre formule vaccinale début 2021.

Nombreuses difficultés avec le Covid-19

Une difficulté pour mettre au point un vaccin sûr tient à une caractéristique de la maladie dans ses cas graves: la sur-réaction de la réponse immunitaire avec ses "orages de cytokine", production trop abondante de substances inflammatoires pouvant tuer.

Comment stimuler avec un vaccin la réaction antivirale sans conduire à un emballement dangereux de la machinerie immunitaire? "Dans ce phénomène, on n'a pas encore bien compris le rôle joué par les anticorps", reconnaît Frédéric Tangy, spécialiste des vaccins à l'Institut Pasteur.

"Dans certaines conditions, les anticorps peuvent aggraver la maladie", précise-t-il à l'AFP. Cela a été observé avec certains vaccins comme celui de Sanofi contre la dengue ou un vaccin contre la rougeole dans les années 1960.

Difficulté supplémentaire: les coronavirus sont des virus à ARN qui ont la particularité de "muter beaucoup", selon Frédéric Tangy. Ceci rend plus ardue la mise au point d'un vaccin ciblé.