Modifié le 14 mars 2019 à 09:12

La dépression post-partum des pères, une souffrance méconnue

La dépression post-partum des pères, une souffrance méconnue
La dépression post-partum des pères, une souffrance méconnue L'actu en vidéo / 3 min. / le 13 mars 2019
Plus d'un père sur dix souffrirait de dépression après la naissance de son bébé. Une maladie qui a pratiquement autant d'impact sur les enfants que les dépressions post-partum de mères, relèvent des sages-femmes romandes dans un travail.

Un jour de mai, il y a huit ans, Olivier Barbin est devenu papa d'une fillette de 3,2 kg. Plus de 3 kg de responsabilités, "un poids incroyable" sur les épaules de ce Français, une angoisse qu'il n'avait pas anticipée.

Durant la grossesse de sa femme, ce consultant en communication accompagne son épouse à ses rendez-vous chez le gynécologue ou la sage-femme. Il la soutient et tait ses craintes, aussi pour éviter que le personnel soignant ne détourne son attention de la future mère.

A la naissance de ma fille, je me suis tout pris dans la figure

Olivier Barbin, père d'une fillette de 7 ans

"Je n'ai pas existé pendant neuf mois", se souvient dans le 19h30 celui qui a créé le blog "Je suis papa". "Ce qui fait qu'à la naissance de ma fille, je me suis tout pris dans la figure."

Après l'accouchement de son épouse, Olivier Barbin enchaîne les petits soucis de santé: rhume, scarlatine, varicelle... Pendant plus d'un an, il souffre sans comprendre. Jusqu'au jour où son médecin de famille lui diagnostique une dépression périnatale.

Les pères presque autant touchés par la dépression que les mères

Chez les mères, le risque de dépression périnatale, soit des troubles d'humeur survenant durant la grossesse ou après l'accouchement, est aujourd'hui bien connu des professionnels de santé et au-delà. La littérature scientifique sur ce sujet évalue à 12% la proportion de mères qui souffrent de dépression après la naissance de leur bébé.

Qu'en est-il du daddy blues? Des études récentes réalisées à l'étranger estiment entre 10 et 11% la proportion de pères touchés par la dépression périnatale, soulignent Marie Guerin et Sarah Boccon-Gibod, sage-femme et étudiante sage-femme à Genève, dans un travail rédigé l'an dernier. Soit presque autant que les mamans.

"Ce pourcentage m'a surprise parce que, durant ma formation, on ne nous a pas parlé une seule fois de la dépression périnatale des pères", explique Sarah Boccon-Gibod. Un étonnement partagé par les professionnels de santé entourant l'étudiante. Car la dépression des jeunes papas demeure aujourd'hui largement méconnue des services de périnatalité, les programmes de santé visant essentiellement les femmes et les enfants.

Autre obstacle: les pères en souffrance restent souvent hors d'atteinte. "Ils vont être beaucoup moins enclins à aller consulter", note Dr. Lamyae Benzakour, médecin adjointe au service de psychiatrie de liaison des HUG.

Un visage différent de la dépression

Pourtant, les chercheurs s'intéressent de plus en plus à la dépression des pères. Le nombre de publications scientifiques contenant les mots-clés "father" et "depression" en anglais a explosé ces 15 dernières années, ont découvert Marie Guerin et Sarah Boccon-Gibod. Plus de 70% des articles trouvés par les deux jeunes femmes datent d'après 2003.

La littérature scientifique rappelle notamment que, comme les mères, les pères subissent des modifications hormonales après la naissance de leur enfant. Par exemple, leur taux de testostérone baisse plusieurs mois avant la naissance et reste bas après l'accouchement, ce qui limiterait leur agressivité et favoriserait le lien parent-enfant.

La dépression peut par ailleurs prendre un visage différent chez le père par rapport à la mère. "Notamment parce que les signes de dépression sont cachés", détaille Sarah Boccon-Gibod. Une irritabilité, une rigidité affective, des comportements à risque ou de la violence constituent des symptômes fréquents. Tout comme les symptômes somatiques qu'a subis Olivier Barbin.

La dépression périnatale des pères a presque autant d'impact sur les enfants que celle des mères

Sarah Boccon-Gibod, étudiante sage-femme

"Nous avons aussi découvert que la dépression périnatale des pères a presque autant d'impact sur les enfants que celle des mères", ajoute l'étudiante sage-femme. Des conséquences sur le développement psycho-moteur du bébé, en termes de stress social ou de santé psychique.

>> Revoir aussi la page société sur la dépression des pères:

Rendez-vous société: la dépression post-natale chez les hommes. Invitée, Lamyae Benzakour, médecin adjointe aux HUG
12h45 - Publié le 13 mars 2019

"Devenir le père qu'on est profondément"

Face à ce sombre tableau, comment s'en sortir? Pour Olivier Barbin, il a été essentiel de mettre un mot sur son mal-être et en parler. "Pour vider son sac", il a créé son blog. "Il faut arrêter de vouloir être le père qu'on a toujours eu envie d'être, il faut arrêter d'être le père que les autres voudraient que l'on soit, pour devenir le père qu'on est profondément", dit-il.

Bonne nouvelle, la dépression périnatale peut se soigner assez rapidement, souligne Sarah Boccon-Gibod. Des outils efficaces existent, des outils également adaptés à un public masculin.

Depuis 2015, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) invite les sages-femmes dans le monde entier à intégrer les pères afin de favoriser la santé maternelle et infantile. "Nous soignants, nous avons un travail à faire pour considérer les pères différemment", estime l'étudiante.

Et d'appeler à des interventions en faveur des papas, tels des groupes de pères, un dépistage de la dépression, des campagnes d'information ou une meilleure formation des professionnels.

>> Voir aussi le reportage du 19h30:

Un père sur 10 est touché par une dépréssion post-partum. C'est presque autant que les mères.
19h30 - Publié le 13 mars 2019

Texte web: Tamara Muncanovic

Reportages TV: Fanny Moille et Anne Fournier

Publié le 13 mars 2019 à 21:08 - Modifié le 14 mars 2019 à 09:12