Modifié le 08 janvier 2019 à 08:06

Le taux de réadmission dans les hôpitaux romands est en nette hausse

Le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne fait partie des établissements affichant un taux de réadmissions trop élevé.
Le taux de réadmission dans les hôpitaux romands est en nette hausse La Matinale / 3 min. / le 08 janvier 2019
Les réadmissions potentiellement évitables de patients augmentent et excèdent la norme dans près de cinquante hôpitaux suisses, dont environ un tiers d'établissements romands, selon une étude. Plusieurs causes sont avancées.

En 2016, 47 établissements hospitaliers en Suisse ont dû réadmettre davantage de patients que la normale, consécutivement à des interventions.

Ce chiffre a été révélé mi-décembre dans un rapport de l'Association nationale pour le développement de qualité dans les hôpitaux et cliniques (ANQ), auquel ont pris part 195 sites hospitaliers de soins aigus.

Les réadmissions à l'hôpital sont considérées comme "potentiellement évitables" lorsqu’elles surviennent dans le mois qui suit une première intervention, sans être programmées et en raison d’une affection déjà connue.

Selon l'étude, le nombre de ces réhospitalisations est en nette progression: en 2015, seuls 18 établissements excédaient la norme.

Forte hausse côté romand

Sur la cinquantaine d'hôpitaux romands passés au crible, 15 (soit près de 30%) affichent un taux de réadmissions considéré comme "hors norme".

Un quart des sites hospitaliers vaudois, dont le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), sont ainsi en dehors des clous.

Du côté de Genève, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) sont dans la norme, mais trois établissements sur les sept étudiés ont un taux de réhospitalisation trop élevé. A Neuchâtel, seule la Clinique Montbrillant à La Chaux-de-Fonds est dans la norme. L'Inselspital à Berne fait aussi partie des mauvais élèves.

En 2015, seuls deux établissements romands dépassaient le seuil établi: l'hôpital de la Tour à Meyrin (GE) et le CHUV.

Voir encadré pour les explications concernant la méthode de calcul

Manque de suivi à la sortie?

L'étude n'établit pas formellement les causes de la hausse du nombre de réadmissions. Et les établissements concernés livrent des explications contrastées.

L'Inselspital à Berne explique principalement ce résultat par des transferts de patients au sein de son propre groupe, les entrées étant comptabilisées deux fois.

De son côté, le CHUV pointe du doigt le manque de suivi à la sortie, comme l'a expliqué à la RTS Anne-Claude Griesser, directrice médicale adjointe du CHUV. "Le canton de Vaud a le taux le plus bas par 100'000 habitants de l'ensemble des cantons qui ont un hôpital universitaire", a-t-elle relevé. "Dans un certain nombre de cas, la réadmission aurait pu être évitée s'il y avait eu un relais plus rapide avec le médecin généraliste du patient."

Le président de la société vaudoise de médecine, Philippe Eggimann, a reconnu qu'"il est difficile d'obtenir un rendez-vous chez son médecin traitant, et très difficile de trouver un médecin de famille dans le canton de Vaud". Il a pointé "une part de responsabilité du canton qui applique (...) une politique extrêmement restrictive dans la délivrance des autorisations de pratique qui permettent aux médecins de s'installer".

Explications diverses

Du côté des hôpitaux régionaux, un tiers environ contestent tout simplement les méthodes de l'étude de l'ANQ et estiment n'avoir rien à se reprocher.

Les autres citent les malades chroniques hospitalisés plusieurs fois, les transferts de malades vers un hôpital universitaire et retour, de mauvaises interactions médicamenteuses à la sortie... Certains évoquent encore une piste également avancée par l'ANQ: celle de la durée moyenne du séjour à l'hôpital, toujours plus courte.

Valérie Hauert / Pauline Turuban

Publié le 08 janvier 2019 à 07:40 - Modifié le 08 janvier 2019 à 08:06

Explications de la carte

La carte réalisée par RTSinfo exploite les données fournies dans le graphique de l'ANQ.

Pour établir ce graphique, l'ANQ compare le ratio entre le taux attendu de réadmissions, et le taux observé. Ce ratio est calculé par l'Office fédéral de la statistique, et tient compte des spécificités de chaque établissement. Le ratio peut inclure les valeurs ≥1 ou >1, la valeur 1 étant définie comme la norme.

Le "niveau de signification de 5%" indique si le ratio s’écarte de la norme 1 de manière significative. Si tel est le cas, l'hôpital ou la clinique est représenté par un triangle rouge. Si le ratio se situe au-dessus de la valeur limite 1 mais toujours dans le niveau de significativité de 5%, l'écart avec la norme n'est pas considéré comme significatif, l'établissement est représenté par un point vert.