Modifié le 10 mars 2017

Un rapport sur l'absence de danger des OGM financé par Monsanto

L'UDC et les Verts demandent la prolongation du moratoire sur les OGM.
La multinationale Monsanto aurait fait un don de 5 millions de dollars à l'Académie des sciences américaines au début des recherches. [andreamuscatello - Fotolia]
L'Académie américaine des sciences pointait dans un rapport l'absence de risques sanitaires et environnementaux des OGM. Deux chercheurs américains ont mis en évidence les conflits d'intérêts qui biaisent cette étude.

En mai 2016, un rapport de l'Académie américaine des sciences concluait que les OGM n'étaient néfastes ni pour la santé ni pour l'environnement et soulignait par ailleurs l'absence de bénéfices sur les rendements. Médiatisée dans le monde entier - y compris sur RTSinfo - cette étude scientifique n'a pas été rédigée en toute transparence selon la revue sans but lucratif PLoS One relayée par le journal Le Monde mercredi.

>>Lire aussi: Un nouveau rapport américain avance que les OGM ne sont pas néfastes

5 millions de dollars donnés par Monsanto, Dow et DuPont

Selon les recherches de Tim Schwab (Université Tufts à Medford, dans le Massachusetts, dpt. de l'environnement) et Sheldon Krimsky (Food & Water Watch), l'institution se trouve en situation de conflit d’intérêts financiers. En 2014, l’année du début des travaux d’expertise, "les trois principales entreprises de biotechnologies végétales (Monsanto, Dow et DuPont), ont chacune donné 5 millions de dollars à l’Académie américaine des sciences", cite le journal.

Conflits d'intérêts pas rendus publics

De plus, six membres du panel de 20 scientifiques réunis par l’Académie américaine des sciences ont été financés dans leurs travaux de recherche par des sociétés liées aux biotechnologies végétales, soit près du tiers de l’ensemble. Parmi eux, cinq détiennent par ailleurs des brevets sur des OGM destinés à l’agriculture.

"Ces liens n’avaient pas été identifiés ou rendus publics", relève le journal, qui précise que l'Académie américaine des sciences n'a pas souhaité répondre à ses sollicitations.

ctr

Publié le 10 mars 2017 - Modifié le 10 mars 2017

40% des études scientifiques sur les OGM seraient biaisées

La question de l'impartialité des études scientifiques a été analysée à plus large échelle pour la première fois l'an dernier. Selon une étude de l’Institut national français de la recherche agronomique (INRA), 40% de la recherche scientifique sur les organismes génétiquement modifiés serait teintée de conflits d’intérêts financiers, rapportait aussi Le Monde en décembre 2016.

L'analyse, portant sur un ensemble de 672 articles scientifiques sur les OGM publiés entre 1991 et 2015, conclut en outre que ces conflits d'intérêts ont "une influence sur le résultat de ces publications", cite le journal. Selon les chercheurs, "les conclusions ont 49% de chances d’être plus favorables aux intérêts des industries semencières".

En réaction à cette étude, William Kearney, le porte-parole de l'Académie américaine des sciences, a expliqué au New York Times en décembre 2016 que les scientifiques avec des conflits sont parfois autorisés à travailler dans un comité lorsqu'ils ont des connaissances qui ne peuvent pas être trouvées ailleurs.

L'entreprise suisse Syngenta liée à des études biaisées

L'étude de l'INRA citée ci-dessus révèle qu'il existe "deux types de relations avec les fabricants d’OGM" : soit les auteurs étaient des employés des groupes, soit les travaux d'au moins un des auteurs a été financé totalement ou partiellement.

Les industries pointées du doigts sont les entreprises américaines Monsanto – en cours de fusion avec l’allemand Bayer –, Dow AgroSciences et DuPont Pioneer – également en train de fusionner, ainsi que la firme suisse Syngenta. Ces multinationales détiennent aujourd'hui 60% du marché des semences.