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Le niveau du lac Majeur augmente, tout comme les tensions entre l'Italie et la Suisse

Le lac Majeur dans la région de Locarno. [Ti-Press/Alessandro Crinari - Keystone]
Le lac Majeur, ou la "guerre" de l’or bleu entre la Suisse et l’Italie / La Matinale / 4 min. / le 25 mars 2022
Au Sud des Alpes, le niveau du lac Majeur, binational italo-suisse, est au coeur de tensions entre les deux pays. Les autorités de la Péninsule ont décidé unilatéralement d’élever le niveau estival du lac Majeur à 1,5 mètre dès le début de l’été, sans en informer le Tessin.

Le barrage de correction des eaux du lac Majeur se trouve en aval, en Lombardie, à Sesto Calende. Sur place, l'inquiétude monte car la décision d’élever une nouvelle fois le niveau du lac a été prise sans avertir la Confédération, ni le Tessin. En amont, dans la baie de Locarno, de nombreux hôtels et une demi-douzaine de campings sont consternés.

Simone Patelli, qui dirige le Campo Felice à Tenero, explique que sa plage menace de disparaître. "On est un peu inquiets parce qu’il y a cette convention qui pourrait être modifiée par l’Italie en vue d’augmenter le niveau moyen du lac Majeur. Cela signifie que la largeur de la plage va diminuer de moitié voire même disparaître. La plus grande peur, c’est que lac Majeur déborde fréquemment", témoigne-t-il dans La Matinale vendredi.

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La sécheresse frappe aussi durement le Nord de l’Italie, avec des conséquences pour le lac Majeur et le Tessin / 19h30 / 2 min. / le 31 mars 2022

Ville, faune et agriculture

Des inondations fréquentes pourraient même gagner la Piazza Grande et transformer une partie de Locarno en Venise. L'inquiétude se trouve aussi du côté des Bolle di Magadino, un delta et site naturel protégé d’importance européenne pour les oiseaux migratoires. La montée des eaux risque de submerger des espaces vitaux pour d’innombrables espèces.

Sur la rive piémontaise du lac, des communes vont faire appel. Elles déplorent qu'aucune étude d’impact n’ait été menée avant de décréter cette mesure drastique. Cependant, dans la plaine du Pô, près de 7000 exploitations agricoles attendent la montée du lac avec impatience. Avec le réchauffement climatique, les terrains sont de plus en plus secs.

Pour Sandro Passerini, un agriculteur, "ce projet de rehaussement du niveau du lac à 1 mètre 50 est le bienvenu. Il y a peu de neige sur les cimes et les pluies sont absentes, les rivières sont au plus bas, pour l’irrigation c’est un gros problème", indique-t-il.

"Pas d'impact négatif"

C’est précisément pour répondre aux besoins des agriculteurs que les autorités lombardes ont pris leur décision. Meuccio Berselli, secrétaire général de l’autorité du Bassin du Pô, s’étonne des inquiétudes et de l’irritation ambiantes: "Nous avons réalisé des essais durant 5 ans avec un niveau entre 1, 25 et 1,35 et, selon le rapport final dont nous disposons, il n’y a pas d’impact négatif, y compris sur le plan environnemental", affirme-t-il.

Au Tessin, les autorités cantonales se sentent impuissantes et appellent Berne à l’aide puisqu’il s’agit d’une question internationale. Le conseiller national Bruno Storni (PS/TI) ne sous-estime pas le problème des agriculteurs italiens mais, pour lui, la solution passe par des méthodes plus modernes et plus écologiques. Il vient d’interpeller le Conseil fédéral. "La chose qui dérange, c’est qu’ils ont pris cette décision sans consulter la Suisse, donc il y a des accords internationaux qui sont pas respectés et ils prennent le lac Majeur pour un réservoir d’eau pour leurs besoins. Il faut que la Confédération commence à s’occuper de cette question et qu’elle ne laisse pas le canton devoir gérer avec Rome", souligne-t-il.

Propos recueillis par Nicole della Pietra

Adaptation web: Andreia Portinha Saraiva

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