Modifié

En matière de biodiversité, "la démocratie ne permet pas de changements radicaux"

L'invité de La Matinale (vidéo) - Daniel Cherix, biologiste et professeur honoraire à l'Université de Lausanne [RTS]
L'invité de La Matinale (vidéo) - Daniel Cherix, biologiste et professeur honoraire à l'Université de Lausanne / La Matinale / 10 min. / le 7 mai 2019
Au lendemain du rapport alarmant sur la biodiversité publié lundi par un groupe d'experts internationaux, le biologiste Daniel Cherix appelle à réagir. Mais il reconnaît qu'il sera difficile d'imposer des changements décisifs.

"Il y a 30 ans, on était déjà sur des constatations un peu dramatiques mais les gens avaient de la peine à écouter", rappelle ce vulgarisateur bien connu dans La Matinale. Surtout, relève-t-il, les messages passaient à l'époque par des associations qui s'occupaient de protection de la nature ou de l'environnement. "Aujourd'hui, les temps ont changé, la situation s'est empirée, les réactions sont passées dans le public", constate Daniel Cherix qui cite notamment la mobilisation des jeunes face aux changements climatiques.

En matière de biodiversité - thématique qui a fait l'objet du rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) - c'est plus difficile, souligne le professeur honoraire à l'Université de Lausanne. "Vous abordez des questions relativement complexes (...) et s'il n'y a pas une certaine émotion par rapport à l'environnement dans lequel on se trouve, il va être hyper difficile de faire changer les gens."

>> Lire: Jusqu'à un million d'espèces menacées d'extinction à cause de l'Homme

Mettre les acteurs de la société devant leurs responsabilités

Daniel Cherix reconnaît que les chercheurs sont sans doute restés jusqu'ici "un peu trop polis" (...) Tout en faisant son mea culpa, il estime que le scientifique doit être désormais "beaucoup plus incisif" et mettre les différents acteurs de la société devant leurs responsabilités. "Cela commence déjà par le consommateur que nous sommes tous, mais cela passe aussi par le politicien qui met un temps pour réagir à ce qui se passe. Donc le scientifique doit un peu sortir de son côté respectable."

Le biologiste appelle les autorités à prendre des décisions. "On doit faire des tournants qui vont toucher nos habitudes (...) On doit travailler la politique et le public peut faire pression (...) Tout est là, tout est prêt, de nombreux livres abordent la question. Mais ce grand pas est difficile à faire parce qu'il va demander des changements radicaux", avertit le spécialiste.

En passer par des politiques contraignantes

Il y a déjà des prémisses, il se passe des choses, note Daniel Cherix. Mais "il faut aller beaucoup plus vite, beaucoup plus fort." Cela passe peut-être par des politiques contraignantes, avec des interdictions, mais c'est difficile reconnaît-t-il. "La démocratie est un système qui probablement ne permet pas ces changements radicaux. Homo sapiens, partout où il est arrivé, a d'abord tout détruit. Mais il faut faire quelque chose, sinon on est en danger."

Propos recueillis par Ludovic Rocchi/oang

Publié Modifié