Modifié le 14 décembre 2018 à 23:07

Des scientifiques créent le premier vaccin pour protéger les abeilles

Des scientifiques finlandais ont mis au point le premier vaccin qui pourrait protéger les abeilles contre des maladies qui déciment leurs colonies.
Des scientifiques finlandais ont mis au point le premier vaccin qui pourrait protéger les abeilles contre des maladies qui déciment leurs colonies. [Tomasz Wojtasik - EPA/Keystone]
En Finlande, des scientifiques ont mis au point ce qu'ils croient être le premier vaccin au monde pour protéger les abeilles, avec l'espoir d'enrayer la chute des populations de cet insecte, qui pourrait provoquer une crise alimentaire mondiale.

Les abeilles contribuent en effet à la pollinisation de 90% des principales cultures dans le monde. Mais ces dernières années, ces précieux animaux ont été décimés par le "syndrome de l'effondrement des colonies d'abeilles", un mal mystérieux. On accuse aussi bien les acariens, les pesticides, les virus que les champignons, voire la combinaison de plusieurs de ces facteurs.

Le vaccin, mis au point par une équipe de l'Université d'Helsinki, procure aux abeilles la résistance nécessaire pour combattre des maladies microbiennes graves, potentiellement mortelles pour les communautés pollinisatrices.

Les insectes n'ont pas d'anticorps

"Si nous pouvons sauver ne serait-ce qu'une petite partie de la population d'abeilles avec cette invention, je pense que nous avons fait notre bonne action et sauvé un peu le monde", a déclaré Dalial Freitak, chercheuse à la tête du projet. Selon elle, même une augmentation de 2 à 3% de la population d'abeilles "serait énorme".

On croyait auparavant qu'il était impossible de vacciner les insectes, car ils n'ont pas d'anticorps, l'un des principaux mécanismes que les humains et les autres animaux utilisent pour combattre les maladies.

Mais, en 2014, Dalial Freitak, spécialiste des insectes et de l'immunologie, a remarqué que les papillons nourris de certaines bactéries passaient leur immunité à leur portée.

Transmission via une protéine

"Ils pouvaient transmettre quelque chose d'avalé. Je ne savais tout simplement pas quel était le mécanisme", dit-elle. "J'ai rencontré Heli Salmela, qui travaillait sur les abeilles mellifères et une protéine appelée vitellogénine. Je l'ai entendue parler et je me suis dit: OK, je pourrais parier que c'est ta protéine qui transmet mon signal d'une génération à l'autre".

Le duo a créé un vaccin contre la loque américaine, la plus répandue et la plus destructrice des maladies bactériennes de l'abeille. Le traitement est administré à la reine des abeilles par l'intermédiaire d'un sucre en morceau, manière selon laquelle de nombreux enfants reçoivent le vaccin contre la polio. La reine transmet ensuite l'immunité à sa progéniture.

Selon l'ONU, plus de 40% des pollinisateurs invertébrés, en particulier les abeilles et les papillons, sont menacés d'extinction. Les scientifiques ont prévenu que ce déclin vertigineux pourrait entraîner une hausse des prix des denrées alimentaires et un risque de pénuries.

ats/kkub

Publié le 14 décembre 2018 à 19:22 - Modifié le 14 décembre 2018 à 23:07

Des inconnues à vérifier: durée de la protection, maladies traitables, etc.

Pour Jean-Daniel Charrière, ingénieur agronome responsable du Centre suisse de recherche apicole d'Agroscope, l'annonce des chercheurs finlandais est intéressante et offre effectivement des avancées dans le domaine.

Quelques inconnues persistent toutefois, souligne-t-il, vu l'absence pour l'instant de données sur l'effet sur les colonies entières, et également sur des maladies plus nuisibles en Suisse, comme la loque européenne, qui infecte entre 300 et 400 nouveaux foyers chaque année.

Il faudra également étudier la durée de la protection, et tester aussi si le traitement est préventif ou curatif, fait encore remarquer Jean-Daniel Charrière.

>> Ecouter ses explications dans l'émission Forum: