Modifié le 24 août 2018 à 13:31

Microsoft et Facebook veulent lutter contre la désinformation

Microsoft et Facebook prennent des mesures pour lutter contre la désinformation.
Microsoft et Facebook prennent des mesures pour lutter contre la désinformation La Matinale / 3 min. / le 23 août 2018
Les Etats-Unis craignent une nouvelle ingérence étrangère, à deux mois des élections de mi-mandat qui ont lieu en novembre. Après des alertes de Microsoft et Facebook mardi, c'est une base de données du Parti démocrate qui a été visée.

Cette semaine, Facebook et Microsoft ont annoncé mardi avoir réagi après des piratages informatiques. Les deux groupes ont pointé du doigt la Russie, mais aussi l'Iran.

>> Lire aussi: Le Parti démocrate américain visé par une nouvelle tentative de piratage 

Depuis l'élection de Donald Trump, la question de la sécurité informatique et de la désinformation est omniprésente aux Etats-Unis.

Juste après cette campagne, les réseaux sociaux principalement ont été vertement critiqués. De nombreuses fausses informations s'y étaient en effet propagées. Avec, comme coupable désigné, la Russie et ses pirates informatiques. En début d'année encore éclatait le scandale Cambridge Analytica, qui avait utilisé des bases de données de Facebook pour influencer les électeurs lors de la présidentielle de 2016 aux Etats-Unis.

Alors que  Microsoft et Facebook ont été souvent montrés du doigt pour leurs manquements, les deux firmes communiquent et montrent qu'elles agissent pour bloquer ces nouvelles campagnes de désinformation.

Des annonces marketing

Pour l'experte en cybersécurité de l'Université de Lausanne, Solange Ghernaouti, ce discours de Facebook et Microsoft, qui se positionnent presque comme des défenseurs de la démocratie, relève davantage du marketing que de la réalité: 

"Ces acteurs ont contribué à mettre sur pied une infrastructure et se proposent de pouvoir la gérer et la contrôler pour entre guillemets rendre service à la population, à la démocratie et aux Etats", explique la professeure. Pour elle, il reste nécessaire que la société civile doute de la finalité des mesures proposées par ces entreprises. "Ce qu'on peut penser, c'est que ces gros groupes veulent avoir une emprise encore plus importante sur le monde numérique et imposer leurs règles du jeu."

Ce qui frappe, c'est que la bonne marche de la démocratie semble être dans les mains d'entreprises privées, les fameux GAFAM. Des entreprises qui, elles-mêmes, ont été la cible d'attaques par le passé.

"Ces acteurs qui veulent nous protéger sont aussi victimes comme nous des attaques. Et ça, je pense que c'est un véritable paradoxe de nous faire croire qu'ils sont en mesure de nous protéger alors qu'ils ne sont pas eux-mêmes en mesure de protéger les infrastructures qu'ils ont mis en place", souligne Solange Ghernaouti.

D'ailleurs, les Etats tentent de réagir. L'idée d'une convention de Genève sur le numérique est par exemple envisagée pour apporter une réponse commune aux cybersattaques. Une idée d'ailleurs défendue par le président de Microsoft Brad Smith, mais il s'agit de ne pas oublier la réticence de ces entreprises à l'idée d'être régulées.

Quel impact sur les élections?

Les affaires autour de Donald Trump actuellement ne manquent pas et cela risque de peser sur le vote. Pour Jeff Lightfoot, chercheur dans un think thank libéral aux Etats-Unis, ce qui est positif désormais, c'est que les Américains ont conscience de l'ampleur des manipulations des votes et des opinions. Manipulations qui selon lui devraient prendre de l'ampleur à l'avenir:

"Je ne m'attends pas à une crise électorale dans les mois à venir, mais je crois que cette menace va continuer et va devenir plus sérieuse avec le développement de technologies plus sophistiquées, et avec l'ingérence de plusieurs pays, pas seulement de la Russie, mais aussi d'autres adversaires de notre pays."

L'enjeu fondamental autour de ces grands groupes technologiques et de l'infrastructure mondiale d’internet est donc d'éviter une crise de confiance généralisée.

Romain Bardet/ebz

Publié le 23 août 2018 à 10:39 - Modifié le 24 août 2018 à 13:31