Modifié le 23 mars 2018 à 16:54

Qu'est-ce que le "bullshit", le concept à l'origine de la post-vérité?

Sebastian Dieguez est psychologue en neurosciences et chroniqueur pour Vigousse.
L'invité du 5h-6h30 - Deuxième partie - Sebastian Dieguez, auteur de "Total Bullshit: au cœur de la post-vérité" La Matinale 5h - 6h30 / 6 min. / le 23 mars 2018
En ces temps de "fake news" et de post-vérité, le terme "bullshit", ce mot anglais qu'on peut traduire par "foutaises" ou "conneries", est sur toutes les lèvres. Mais qu'est-ce que ce concept? Les réponses du chercheur Sebastian Dieguez.

Apparue il y a plus d'un siècle dans la langue anglaise, l'expression "bullshit" - littéralement "merde de taureau" - "peut se définir comme une sorte d'indifférence à l'égard de la vérité, qui est distincte du mensonge", explique Sebastian Dieguez, auteur de "Total Bullshit! Au coeur de la post-vérité", interrogé vendredi matin sur la RTS.

Dans la publicité, dans le sport, dans la gastronomie: il y a du 'bullshit' partout!

Sebastian Dieguez

C'est le philosophe Harry Frankfurt, dans un essai devenu culte intitulé "On Bullshit" publié en 1986, qui a conceptualisé cette expression, lui donnant une légitimité académique. "C'est devenu un terme technique qu'on utilise en linguistique et en philosophie, dans des articles tout à fait sérieux", relève le chercheur en neurosciences à l'Université de Fribourg.

"Bullshit" et politique

Pour Sebastian Dieguez, le "bullshit" est à l'origine du concept de post-vérité, popularisé ces dernières années, notamment depuis l'accession au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis. Bien que cela ait toujours existé, c'est selon lui "les moyens technologiques de diffusion de l'information" qui lui donne aujourd'hui une ampleur particulière.

Les sujets politiques sont les plus touchés par le phénomène, car selon le chercheur le "bullshit" est pour ainsi dire "consubstantiel du discours politique". Néanmoins, ajoute Sebastian Dieguez, aucun domaine n'est épargné: "dans la publicité, dans le sport, dans la gastronomie, il y a du 'bullshit' partout!"

C'est précisément le rôle de la satire de démonter le "bullshit"

Sebastian Dieguez

Et qu'en est-il du rapport à la vérité?  "Le menteur doit faire attention à la vérité, parce qu'il doit la dissimuler, alors que le 'bullshiteur' n'a aucun égard pour la vérité. Il s'en fiche: ce qu'il dit peut très bien être vrai, mais c'est bidon", ajoute celui qui signe également des chroniques dans le journal satirique Vigousse.

Une arme contre les "fake news"

D'ailleurs, selon lui, "c'est précisément le rôle de la satire de démonter le 'bullshit'". En se moquant du "bullshiteur", en raisonnant par l'absurde, la satire combat le "bullshit" de manière "plus efficace que la simple exposition des faits ou la preuve par A+B qu'une personne 'bullshite'", estime Sebastian Dieguez.

Et le chercheur de voir dans l'étude de la diffusion et de la réception des informations une arme contre les "fake news". "Il faut probablement un arsenal théorique et expérimental assez solide avant de pouvoir se frotter à ce problème", juge-t-il. A ce titre, les réseaux sociaux sont selon lui "des mines de données à exploiter à des fins vertueuses".

Propos recueillis par Yann Amedro

Adaptation web: Didier Kottelat

Publié le 23 mars 2018 à 16:53 - Modifié le 23 mars 2018 à 16:54