Modifié le 28 juin 2010

Le Parti pirate part à l'abordage de la Suisse

Pour le Parti pirate, il faut restreindre les droits d'auteur.
Pour le Parti pirate, il faut restreindre les droits d'auteur. [Keystone]
Les corsaires débarquent dans la politique suisse. Déclarant la guerre aux droits d'auteur, le Parti pirate suisse (PPS) a été fondé dimanche à Zurich par 124 "boucaniers".

A la barre de la nouvelle formation: Denis Simonet, un étudiant
en informatique de 24 ans. Férus de bourses d'échange gratuites sur
le web, les flibustiers désirent télécharger gratuitement des
morceaux de musique et des films. Le parti ambitionne de présenter
une liste lors des prochaines élections cantonales.

Après la naissance du premier Parti des pirates dans le pays
scandinave en 2006 (lire ci-contre), des
formations politiques de ce type sont apparues en France, en
Allemagne, en Autriche et en Espagne. Elles visent toutes à
renforcer la sphère privée sur la toile et s'attaquent aux
monopoles et brevets existant en la matière.

A l'assaut du droit d'auteur

Leur principal ennemi se nomme "droits d'auteur". Cette
disposition légale permet par exemple à un compositeur de
déterminer si et à quelles conditions ses oeuvres peuvent être
jouées ou diffusées. Les droits d'auteur lui permettent de toucher
un revenu. Amateurs de bourses d'échanges gratuites sur internet,
les partisans du Parti pirate ne l'entendent pas de cette oreille.
Car leurs plateformes préférées leur permettent parfois de
télécharger des morceaux de musique ou des films protégés par des
droits d'auteur.





"Il ne devrait jamais être illégal de faire partager à d'autres
des copies et de distribuer ou écouter des oeuvres d'utilité
publique", écrit sur sa page en ligne le nouveau parti suisse. Cet
"usage équitable" bénéficie à toute la société, assure-t-il.

La SUISA s'inquiète

"La protection des oeuvres est un droit humain", réplique Martin
Wüthrich, porte-parole de la coopérative suisse des auteurs et
éditeurs de musique SUISA. Interrogé par l'ATS, il fait valoir que
les droits d'auteur sont garantis par de nombreux accords
internationaux. "Il n'est pas question de revenir sur ce principe."
Et de concéder toutefois: "Libre au Parti pirate, en revanche, de
tenter de modifier la législation sur les droits d'auteur par la
voie légale".





Selon Martin Wüthrich, se faire un nom en tant que musicien est
comparable au succès d'une entreprise que l'on a montée soi-même.
«Il est clair que la valeur ajoutée doit revenir au propriétaire de
l'entreprise.» Une composition est protégée jusqu'à 70 ans après la
mort de son auteur. Cette disposition constitue aussi, en plus de
la rente provenant de la SUISA, une sorte d'assurance vieillesse,
défend Martin Wüthrich. D'anciens membres de la coopérative vivent
en effet partiellement des droits d'auteurs de leurs oeuvres car
celles-ci sont encore jouées ou diffusées des décennies après leur
création.

Revendications du Parti pirate

Pour le Parti pirate, il faut restreindre massivement ces
droits. A ses yeux, la protection des brevets, qui permet la
commercialisation d'une invention - un morceau de musique en
l'occurrence -, est particulièrement dérangeante. La formation
politique propose de limiter ce droit aux 5 ans qui suivent l'acte
de création.





L'industrie musicale voit évidemment cette idée d'un mauvais oeil.
"Les revendications du Parti pirate ne vont pas seulement à
l'encontre des intérêts des travailleurs de la culture, ils
s'opposent aussi à l'intérêt général", estime Wilfried
Haferland.





Le représentant suisse de l'association internationale de
l'industrie du disque IFPI rappelle que la production musicale est
une affaire coûteuse. "Si cet investissement n'en vaut plus la
chandelle, il n'y aura plus de production pour le grand public",
avertit-il. Wilfried Haferland rejette aussi la légalisation
complète des copies d'oeuvres d'utilité publique. "Sinon,
probablement plus personne ne pourra continuer à vivre de la
musique."





ats/hof

Publié le 12 juillet 2009 - Modifié le 28 juin 2010

L'exemple suédois

La création du tout premier Parti pirate, il y a 3 ans en Suède, est liée à la fameuse bourse d'échanges en ligne de contenus protégés "The Pirate Bay".

Au pays des Vikings, la formation politique a obtenu 7,1% des voix début juin lors des élections européennes. Un membre du parti siège désormais au parlement de Strasbourg. Informaticien de 49 ans, Christian Engström entend s'y engager pour un "internet libre".

La condamnation, mi-avril, de quatre responsables de "The Pirate Bay" à un an de prison et 2,7 millions d'euros de dommages et intérêts constitue paradoxalement la principale raison du succès électoral du parti.

Des producteurs de disques et de films, mais aussi des écrivains avaient porté plainte contre la plateforme d'échanges. La justice suédoise a estimé que les accusés avaient incité le public à violer les droits d'auteurs. Les condamnés ont fait recours contre le verdict.

Considérée comme référence en la matière sur le plan mondial, cette décision judiciaire a fait descendre dans les rues de Stockholm un millier de jeunes Suédois favorables aux copies gratuites sur internet.

"The Pirate Bay" devrait être vendue à une entreprise informatique suédoise pour 8,4 millions de francs, a-t-on appris en juin. Cette société veut poursuivre les activités de la bourse d'échanges, mais dans le cadre de la légalité seulement. La plateforme fait partie des sites les plus visités au monde. Elle occupe le 112e rang du classement de l'opérateur en ligne Alexa.