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Paléofutur: tous ces métiers déjà disparus

La technologie révolutionne (une fois de plus) le monde du travail? [kimsongsak - Fotolia]
Paléofutur / Six heures - Neuf heures, le samedi / 11 min. / le 19 août 2017
Une des inquiétudes qu'éveille aujourd'hui les algorithmes, l'intelligence artificielle, les machines et autres robots, c'est la disparition du travail. Une crainte qui existe depuis l’apparition de l'idée de l'automatisation, mais qui ne s'est pas encore réalisée. Le décryptage de la chronique Paléofutur.

A l'apparition de l'automatisation des tâches, nos ancêtres imaginent des machines qui font le travail à leur place, mais ils s'en réjouissent plus qu'ils ne le redoutent. Dans les années 1960, les futurologues les plus optimistes misent sur un monde de vacances perpétuelles, ou presque. Jean-Jacques Servan Schreiber table en 1967 sur 146 jours de travail annuels à l'aube du XXe siècle. On en est loin, même si le temps de travail a baissé en Suisse depuis les années 50.

Aujourd'hui, des chercheurs de l'Université d'Oxford annoncent que 47% des emplois pourraient disparaître dans les prochaines décennies. Gartner prédit même 33% de jobs remplacés par des robots d'ici 2025! Et une constante se dégage entre les inquiétudes de chômage de masse actuelles et la réjouissante perspective de nos prédécesseurs: avec les machines, il n'y aura plus rien à faire.

Ne pas confondre métiers et emplois

Mais si le travail existe encore malgré l'automatisation, c’est parce que la technologie détruit des métiers, pas des emplois. Il n'existe plus de "Knocker Up" qui réveillent les ouvriers le matin en frappant à leur fenêtre avec une longue tige de bois ou de bambou; les "crossing sweepers" ne ramassent plus le crottin de cheval aux carrefours; les chasseurs de sangsues ne travaillent plus pour les médecins; les compositeurs n'alignent plus les caractères dans les imprimeries, parce que ces métiers n'existent plus.

Mais en parallèle à ces disparitions, d'autres métiers difficiles à voir venir sont apparus. Dans les années 1940, AT&T employait 350'000 opérateurs de téléphonie aux Etats-Unis. Avec la simplification du téléphone, les opérateurs ont disparus, mais aujourd'hui des centaines de milliers de personnes travaillent pour les plateformes d'appels et de télémarketing, métiers difficilement envisageables à l'époque. L'automatisation a aussi fait chuter le prix de beaucoup de produits qui sont devenus plus accessibles, laissant de la place dans nos budgets pour davantage de soin à la personne ou de loisirs.

La technologie, créatrice d’emplois

Selon une étude du cabinet Deloitte, qui a analysé l'évolution du marché de l'emploi en Angleterre de 1871 à nos jours, la technologie a créé plus d'emplois qu'elle n'en a détruits durant cette période. Les postes qui disparaissent sont peu qualifiés, répétitifs, nécessitant de la force, tandis que le secteur des soins à la personne a explosé.

Les humains doivent donc miser de plus en plus sur les spécificités qui font leur force: agilité, créativité, empathie, leadership, bon sens, capacité à se projeter dans l’avenir. Des caractéristiques que les machines ne sont pas prêtes de pouvoir reproduire.

Se former longtemps

Ces mutations mettent aussi en lumière un nécessaire changement au niveau de la formation. Il faut passer d'une logique de formation à un moment clé de la vie de chacun, en général entre 15 et 25 ans, à une logique de formation continue, ou l'on passe sa vie à apprendre et à se réinventer.

Entre 1994 en 2014, les métiers de l'enseignement ont d'ailleurs augmenté de 580% en Angleterre! Parce qu'on se prépare à l'inconnu. Le futuriste Alvin Toffler prévenait déjà en 1991: "les analphabètes du XXIe siècle seront ceux qui ne seront pas en mesure d'apprendre, de désapprendre et de réapprendre."

Laurent Haug/Guillemette Faure/ad/jzim

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