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La surveillance d'Etat, une pratique vieille comme le monde

"Control room" [viappy - Fotolia]
Paléofutur / Six heures - Neuf heures, le samedi / 9 min. / le 29 juillet 2017
La surveillance des citoyens par les Etats ne date pas des révélations d'Edward Snowden en 2013. Le général chinois Sun Tzu soulignait déjà l'importance des espions au VIe siècle avant Jésus Christ. Le décryptage de la chronique Paléofutur.

Les technologies actuelles permettent un niveau de surveillance étatique sans précédent. On peut aujourd'hui récolter des volumes de données incroyables, qu'il s'agisse d’appels téléphoniques, de conversations SMS, d'historiques de navigation ou encore d'e-mails.

Mais si l'on s'en tient à l'intention, il n'y a rien de nouveau. La surveillance d'Etat est même souvent assumée dans l’histoire. Au VIe siècle avant Jésus Christ, le général chinois Sun Tzu consacre le dernier chapitre de l'Art de la guerre à l'importance d'engager de bons espions. Dans l'Antiquité, Cicéron se plaint dans ses lettres "d'avoir des espions à ses côtés" et craint même l'interception de ses missives.

Courriers interceptés

En France sous Louis XV, le "cabinet du secret des postes" s'autorise à ouvrir les lettres. L'idée même d'ouvrir le service royal du courrier aux particuliers est motivée par l'idée que si on transporte le courrier de tout le monde, si on transforme ce service postal en monopole, on pourra contrôler tout ce qui s'y dit.

A l'époque, l'ouverture des lettres laisse bien sûr des traces souvent évidentes, contrairement à la surveillance électronique. Voltaire se plaint qu'en Allemagne, les lettres peuvent être ouvertes cinq ou six fois, au point d’avoir besoin de faire changer le cachet, avant de remettre la lettre au destinataire.

Le télégraphe surveillé

Pendant la guerre de sécession, le président américain Abraham Lincoln craint que les confédérés se servent du télégraphe pour communiquer entre eux. Il ordonne des descentes pour saisir tous les télégrammes envoyés et reçus durant une année. Il ira jusqu'à accorder à son secrétaire de la guerre Edwin Stanton le contrôle des lignes de télégraphe. Ainsi, le 17 septembre 1862, lorsque le journaliste George Smaley envoie à sa rédaction new-yorkaise le compte rendu de la bataille d'Antietam, l'opérateur de télégraphe envoie directement l'article... aux autorités. Mais le reporter ne s'offusque pas: c'est la guerre!

D'ailleurs, l'interception des télégrammes par Lincoln s'arrête en même temps que le conflit. Le bureau de surveillance et de décryptage ouvert au début du XXe siècle par le gouvernement américain sera fermé en 1929, en temps de paix, par le secrétaire d'Etat Henry Stimson. Il déclare : "les gentlemen ne lisent pas le courrier des autres".

Un mal nécessaire?

Aujourd'hui, les guerres ont changé. Les Etats justifient souvent la surveillance des citoyens par la lutte contre le terrorisme. Difficile aussi de résister aux nouveaux moyens à disposition: caméras de surveillance, analyse de données, drones très discrets... d'où le danger de passage à un état de surveillance permanent.

Quant à l'argument "on n'espionne pas sauf quand c'est nécessaire", il renvoie à Voltaire qui notait que: "jamais le ministère qui a eu le département des postes n'a ouvert les lettres d'aucun particulier, excepté quand il a eu besoin de savoir ce qu'elles contenaient".

Laurent Haug/Guillemette Faure/ad/jzim

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