Modifié le 29 juin 2017 à 20:49

Deux études confirment l'effet néfaste des pesticides "tueurs d'abeilles"

Les abeilles sont menacées par certains types d'insecticides
Les abeilles sont menacées par certains types d'insecticides 19h30 / 2 min. / le 29 juin 2017
De nouvelles études confirment les effets nocifs des néonicotinoïdes, ces insecticides dits "tueurs d'abeilles". Des résultats importants alors que l'Europe se penche sur la prolongation du moratoire sur ces substances.

Ces études réalisées en Europe et au Canada doivent paraître vendredi dans la revue Science. Elles confirment l'effet destructeur que peuvent avoir les néonicotinoïdes, ces pesticides rendant les plantes toxiques pour les insectes, sur la survie et la santé des colonies d'abeilles mellifères et sauvages.

L'étude européenne a été réalisée sur 33 sites au Royaume-Uni, en Allemagne et en Hongrie. Pour la première fois, les scientifiques ont étudié sur plusieurs mois l'impact grandeur nature des néonicotinoïdes.

Résultats: les abeilles mellifères anglaises ont mal supporté l'exposition aux plantes traitées, tout comme les abeilles sauvages, dont le nombre de mâles a diminué. En Hongrie, le nombre de butineuses a chuté de 24% d'une année sur l'autre. Mais surprise, la santé des abeilles allemandes est au contraire demeurée bonne.

L'explication est sûrement environnementale, explique Jean-Daniel Charrière, spécialiste des abeilles à l'Agroscope à Berne. La surface d’exposition est beaucoup plus grande au Royaume-Uni et en Hongrie du fait d'un paysage agricole très uniforme avec de très grandes monocultures. Ce qui est moins le cas en Allemagne, avec des cultures plus morcelées. "Les abeilles ont pu probablement trouver des sources diversifiées pour butiner".

Nombreux facteurs en jeu

On estime que 60% de la pollinisation se fait grâce à des abeilles sauvages, comme les bourdons, qui étaient pris en compte dans l'étude. Or ces abeilles sont plus vulnérables: contrairement aux abeilles mellifères, elles ne sont pas capables de rassembler leurs congénères autour d'une source de nourriture. De plus, elles ne vivent pas en colonie. Donc si une abeille sauvage meurt, l'impact est plus grand.

L'étude de l'impact des néonicotinoïdes est donc complexe et doit prendre en compte de nombreuses variables, susceptibles de nuire aux ouvrières. Parmi elles, le parasite varroa (lire en encadré), la combinaison des néonicotinoides avec des fongicides, qui crée un cocktail explosif, ou la présence de résidus de néonicotinoides, dont le sol et l'eau restent infectés à hauteur de 30 à 40% après une année.

Débat politique

Les résultats de cette étude viennent s'ajouter à d'autres données, pas toujours concordantes. De quoi alimenter le vif débat autour de l'interdiction des néonicotinoïdes en Europe, dont la poursuite ou non du moratoire sera décidé à Bruxelles cet automne. En vigueur depuis 2013, ce moratoire interdit partiellement les produits contenant des néonicotinoïdes.

Une décision qui intéresse de près la Suisse, puisqu'elle calque ses pas sur ceux de l'Union européenne.

>> Sujet traité jeudi dans le 19h30

>> Retour en images sur l'apparition de cette problématique en Suisse, au milieu des années 1990. Un pesticide destiné au traitement des arbres fruitiers en Valais avait empoisonné des centaines de milliers d'abeilles. La lutte contre les produits chimiques ne faisait alors que commencer:

Pesticides dévastateurs en Valais.
Tj-Régions - Publié le 06 septembre 2017

Aurélie Coulon/fme

Publié le 29 juin 2017 à 19:02 - Modifié le 29 juin 2017 à 20:49

En Suisse, une abeille sur cinq n'a pas passé l'hiver

Au cours de l'hiver, plus de 20% des colonies d'abeilles ont été perdues. A cela vient s’ajouter le fait que près de 10% des colonies étaient trop faibles au printemps 2017 pour se développer en colonies fortes, a indiqué jeudi apisuisse, la faîtière des apiculteurs.

Ainsi seules sept colonies sur les dix mises en hivernage en automne 2016 étaient encore disponibles au printemps pour la pollinisation et la récolte de miel. Ces pertes comptent parmi les plus hautes recensées depuis 10 ans.

Le parasite varroa figure au premier rang des causes. La lutte contre ce parasite est très difficile. Les abeilles doivent aussi composer avec l'arrivée en Suisse de nouveaux prédateurs tels que le frelon asiatique (ats)