Publié le 30 avril 2017 à 22:28

Sels d'aluminium dans les déodorants, de très discrets avertissements

Sels d’aluminium dans les déodorants
Sels d’aluminium dans les déodorants Mise au Point / 14 min. / le 30 avril 2017
Les sels d'aluminium utilisés pour bloquer la transpiration dans certains déodorants sont accusés de favoriser l'apparition de cancers du sein par plusieurs études. Pourtant, en Suisse, les mises en garde restent mesurées.

"Jusqu'à ce jour, il n'y a eu aucune étude qui a vraiment pu démontrer un lien de cause à effet entre l'apparition de cancers du sein et l'utilisation normale d'un déodorant avec aluminium", réagit dimanche dans Mise au point Carole Meylan, collaboratrice scientifique de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) qui est aussi responsable de la sécurité des cosmétiques.

Le reproche fait à la dernière étude qui a fait grand bruit fin 2016 (lire encadré)? Elle a été réalisée sur des cellules animales et ses résultats ne peuvent donc pas être transposés sur l'être humain, rappelle cette spécialiste de la Confédération.

Pour aller plus loin en termes d'avertissements, les autorités attendent une étude épidémiologique, soit des tests en conditions réelles qui doivent être menés sur plusieurs années et dont le coût est élevé.

Un seul conseil: éviter d'appliquer sur une peau abîmée

"La seule chose que notre office recommande, comme pour tous les autres produits cosmétiques, c'est de ne pas les appliquer sur une peau abîmée. Parce que les cosmétiques peuvent être uniquement utilisées sur des peaux en bon état parce c'est dans ces conditions qu'ils ont été testés", explique encore Carole Meylan dans l'émission de la RTS.

Je trouve inacceptable que le principe de précaution ne soit pas appliqué

Lisa Mazzone, conseillère nationales (Verts/GE)

Or cette unique recommandation, peu connue du grand public, ne figure pas sur les produits concernés. De quoi faire réagir la conseillère nationale verte, Lisa Mazzone. Elle demande dans un postulat -qui sera examiné par le Conseil national mardi- l'analyse des études sur les sels d'aluminium et réclame qu'un avertissement clair soit envisagé pour les déodorants contenant des sels d'aluminium.

Pour cette parlementaire, il en va de la santé de la population, et l'industrie devrait être poussée à développer des substituts.

Davantage de jeunes femmes touchées

"Depuis plus d'une dizaine d'années, on voit une augmentation très significative du nombre de cancers du sein survenant chez des femmes plus jeunes, notamment entre 30 et 40 ans. Ce qui était exceptionnel il y a vingt ans est devenu courant", déplore le professeur André-Pascal Sappino, oncologue à la clinique des Grangettes, à Genève.

Pour lui, c'est certain, l'introduction des sels d'aluminium dans les déodorants, qui s'est généralisée dans les années 1970, époque à laquelle l'épilation et le rasage des aisselles s'est popularisé explique au moins une partie de ces cancers du sein.

>> Lire aussi: Le cancer du sein chez la femme jeune, marginal mais en augmentation

Et si les sels d'aluminium n'est pour l'heure interdit dans aucun pays, les marques, confrontées à un climat de défiance, ont commencé à proposer au moins une alternative de déodorant sans aluminium.

>> Voir l'interview du chimiste cantonal genevois Patrick Edder

Interview
Mise au Point - Publié le 30 avril 2017

Sujet Mise au Point: Yves Godel / Article web: Juliette Galeazzi

Publié le 30 avril 2017 à 22:28

Un rapport explosif publié par des chercheurs genevois

Le professeur André-Pascal Sappino, oncologue, et le docteur Stefano Mandriota, directeur de recherches en biologie, à la Fondation des Grangettes, à Genève, étudient l'effet des sels d'aluminium sur la santé depuis plus de dix ans.

Leur dernière étude apporte des éléments supplémentaires à l'incrimination possible des sels d'aluminium dans la survenue de cancers du sein. Elle démontre que des cellules mammaires exposées in vitro à des sels d'aluminium développent la capacité de former des tumeurs et des métastases chez la souris.

Ces résultats, communiqués en septembre et publiés dans la revue "International journal of cancer" en décembre dernier, consolident les observations faites en 2012 par les mêmes chercheurs sur des cellules humaines en culture. Des études additionnelles devront être réalisées pour confirmer le lien.