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Faut-il avoir peur de prendre son smartphone aux Etats-Unis?

Les précautions à prendre avant d'emmener son smartphone en voyage. [Lost Horizon Images ]
Les précautions à prendre avant d'emmener son smartphone en voyage. [Lost Horizon Images ]
La mésaventure d'un ingénieur de la NASA qui a dû donner les codes de son téléphone portable aux douaniers américains doit-elle nous faire hésiter à prendre notre smartphone en voyage? Réponse avec un juriste spécialisé.

Il y a quelques jours, Sidd Bikkannavar, un ingénieur de la NASA qui rentrait aux Etats-Unis après un séjour au Chili, a été retenu par les agents du Service américain des douanes et de la protection des frontières (CBP). Ils ont exigé qu'il leur donne son téléphone portable et son code pour le déverrouiller. Les agents ont ensuite emmené le téléphone avant de le rendre à son propriétaire et de le laisser partir. Quelles sont les leçons à tirer de cette mésaventure, relayée par The Verge? Le point avec François Charlet, juriste spécialisé en droit des technologies.

>> Quelques conseils en un clin d'oeil:

Notre smartphone, c'est notre maison numérique

François Charlet, juriste

Prendre conscience de nos données

Aujourd'hui, les téléphones portables contiennent des données très personnelles et très sensibles sur leur propriétaire et parfois sur son activité professionelle. Messageries, contacts, photos, mots de passe... La première chose à faire est donc d'être conscient de ce que notre smartphone contient.

"Donner mon compte Facebook ou Twitter aux douanes américaines, ça m'est égal, car il n'y a rien de privé, le monde y a déjà accès. Mais ce qui se trouve sur mon téléphone, c'est autre chose", souligne François Charlet. "Notre smartphone, c'est notre maison numérique, et on ne laisse pas des inconnus entrer dans sa maison sans y avoir bien réfléchi". Récemment, les douanes américaines ont inclus des questions sur les réseaux sociaux aux personnes voulant entrer aux Etats-Unis

>> Lire: Les Etats-Unis demandent les comptes des réseaux sociaux aux touristes

Bétonner les codes d'accès

Avant de partir en voyage, mieux vaut prendre quelques précautions simples. La première chose à faire est d'effectuer une sauvegarde complète du téléphone avant le départ. Puis de désactiver le déverrouillage du téléphone par empreinte digitale, car il est possible de vous contraindre à poser votre doigt sur l'écran. "Un code, c'est dans la tête et c'est beaucoup plus difficile à obtenir." Mieux vaut aussi utiliser un code à six chiffres au lieu des quatre habituels.

Autre précaution importante, cocher l'option d'effacement des données du téléphone après un certain nombre de codes erronés. Cela peut protéger efficacement vos données en cas de vol ou dans un cas identique à celui de l'ingénieur de la NASA.

Chiffrer ses données sensibles

Utiliser des messageries chiffrées permet également de se protéger. "C'est le cas de Threema, une application suisse qui chiffre toutes les conversations et qui a un code à l'ouverture", indique François Charlet. Ce qui n'est pas le cas de WhatsApp, qui n'a pas de code d'accès et dont les données ne sont pas cryptées sur le téléphone.

Se séparer de son smartphone

Et si malgré ces précautions vous n'êtes toujours pas rassuré, d'autres options plus "radicales" existent. Eteindre son smartphone et l'envoyer par la poste à son lieu d'arrivée. Mettre son appareil éteint dans sa valise en soute pour ne pas l'avoir sur soi en cas de contrôle à la douane. Ou ne pas prendre son téléphone habituel en voyage et en utiliser un autre.

Dire non

En cas de contrôle à la douane américaine, "ça vaut la peine de commencer par refuser de donner le code de son téléphone, par principe", souligne François Charlet. Les douaniers ont besoin de vous pour obtenir votre code, ce qui vous donne un moyen de pression.

Mais "le problème aux Etats-Unis, c'est que les agents de la sécurité intérieure sont tout-puissants". S'ils insistent, il faut peser le pour et le contre et bien réfléchir aux données qui sont stockées sur votre téléphone. "Si par exemple je suis avocat et que j'ai des données sur des clients, c'est clair que je refuse et que je prends un avocat si cela me cause des problèmes", souligne le juriste.

Plus globalement, il faut être bien conscient qu'une mésaventure de ce type peut se produire et avoir réfléchi à ce qu'on veut faire si cela arrive, conclut François Charlet.

Cécile Rais

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