Modifié le 25 janvier 2017 à 18:26

Ces vieux tweets que les politiques auraient préféré ne pas revoir

François Fillon consulte son téléphone à l'Assemblée nationale française.
François Fillon consulte son téléphone à l'Assemblée nationale française. [Joël Saget - AFP]
Ressusciter de vieux tweets de personnalités en les partageant hors contexte: la pratique n'est pas nouvelle, mais revient en force chez les internautes à la recherche de détournements, notamment avec l'affaire Fillon.

"ll y a injustice sociale entre ceux qui travaillent dur pour peu et ceux qui ne travaillent pas et reçoivent de l'argent public", avait déclaré François Fillon en 2012 à Poitiers. "Mon projet perturbe les castes bien établies, tous ceux qui au fond profitent du système", affirmait-il encore la semaine passée dans l'Ain.

Alors que le candidat à la présidentielle française est pris depuis mardi soir dans une polémique sur la rémunération de son épouse, les internautes retweetent avec sarcasme ces anciennes formules qui prennent désormais un autre sens. Le tweet de 2012 avait suscité peu de réponses lors de sa publication, mais depuis les révélations sur Penelope Fillon, plus de 240 réponses ont été publiées pour rebondir sur cette affaire.

>> Lire aussi: Pour François Fillon, le débat sur les salaires de sa femme est "misogyne"

Il est cependant difficile de mesurer l'ampleur réelle du phénomène. Les twittos repartagent souvent de vieilles publications en faisant des captures d'écran - et non des retweets qui sont eux comptabilisés - de peur que l'auteur efface le message détourné, explique Nicolas Vanderbiest, chercheur à l'Université catholique de Louvain (UCL).

"Je me marre", mais de quoi?

La pratique ne touche pas uniquement la droite française. Ces dernières semaines, Benoît Hamon, candidat de la primaire socialiste, a fait également les frais des recherches acharnées dans les archives de son compte. Actif sur le réseau social depuis 2008, l'ancien ministre tweetait à l'époque de manière légère sur son quotidien.

Comme cette publication de 2010 retweetée durant les débats de la gauche:

Ou ce tweet de 2009, régulièrement détourné pour commenter la course à l'investiture socialiste:

Désormais, chaque trace laissée sur le web, à l'image de ces tweets, devient un marqueur temporel sur lequel on pourra revenir à l'avenir, analyse Nicolas Vanderbiest.

Lorsqu'on communique, on se conforme à des normes et à un contexte. En déterrant d'anciennes traces numériques, le contexte communicationnel n'est plus présent, explique le chercheur en réseaux sociaux. Ces traces deviennent alors des marqueurs temporels recontextualisés. Une pratique problématique, car on utilise contre l'auteur sa propre parole, ajoute-t-il. Ces traces sont laissées dans le présent, mais devraient être également pensées pour le futur.

De Daft Punk à la défense de Trump

Outre-Atlantique, un homme est devenu la semaine dernière la cible préférée des recherches de traces numériques oubliées: Sean Spicer, le nouveau porte-parole de la Maison Blanche. Après sa première conférence de presse polémique, les twittos se sont plongés dans son compte et ont découvert que l'ancien stratégiste du Parti républicain n'apprécie ni la marque de glace Dippin' Dots ni le groupe Daft Punk:

"'Dippin dots' n'est PAS la glace du futur"

"Daft Funk (sic) - ce sont vos 10 secondes sous le feu des projecteurs - vous gâchez tout"

"Question: le pire morceau de bacon est-il meilleur que le meilleur morceau de saucisse?"

Sean Spicer est depuis victime de continuelles moqueries sur les réseaux sociaux pour ses anciens tweets futiles. Un bad buzz qui permet cependant d'éloigner quelque peu la discussion de questions sérieuses liées à l'administration Trump. Car le porte-parole est un habitué des déclarations absurdes et de la stratégie "Si vous n'aimez pas le sujet de conversation, changez-le", comme l'écrivait déjà cet été le Washington Post.

Tamara Muncanovic

Publié le 25 janvier 2017 à 18:11 - Modifié le 25 janvier 2017 à 18:26