Modifié

Ces singes mâles qui comptent sur les femelles pour les alerter d'un danger

Chaque race de primate à son propre système de communication [RTS]
Chaque race de primate à son propre système de communication / 19h30 / 2 min. / le 27 octobre 2016
Chez les cercopithèques diane, les mâles se fient davantage aux signaux d’alerte des femelles qu’à leurs propres perceptions, selon une étude de l’Université de Neuchâtel, relayée jeudi dans la revue Current Biology.

Les cercopithèques diane émettent des cris d'alerte qui varient selon le sexe des individus. En cherchant la cause de cette différence, Claudia Stephan, post-doctorante à l'Université de Neuchâtel, a pu mettre en évidence que singes mâles et femelles annoncent un danger pour des motifs différents.

Les femelles réagissent directement à la présence d'un prédateur en émettant un cri particulier suivant s'il s'agit d'une attaque terrestre ("léopard") ou provenant du ciel ("aigle") (lire les détails de l'expérience en encadré).

En dépit de leur perception

Les mâles, eux, ne font que répondre à l'appel des femelles qu'ils relaient plus largement pour prévenir le groupe du danger. Et cela même lorsqu'on leur envoie des signaux trompeurs. Dans l'expérience, les mâles entendaient une menace "léopard" et un cri d'alerte "aigle" des femelles mais relayaient le cri d'alerte "aigle" lancé par la femelle.

Les cris des femelles ont pour objectif de protéger la famille en appelant les mâles à la rescousse

Claudia Stephan, post-doctorante à l'Université de Neuchâtel

sbad

Publié Modifié

Expériences en Côte d'Ivoire

Les expériences se sont déroulées au Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d'Ivoire, sous la supervision du professeur Klaus Zuberbühler, directeur du Laboratoire de cognition comparée de l'Université de Neuchâtel (Unine).

Elles consistaient à simuler la présence d'un prédateur, aigle ou léopard, en diffusant le cri de l'animal concerné, puis à enregistrer les vocalisations des singes. Sachant qu'à chaque prédateur correspond une vocalisation spécifique.

"Première surprise: les mâles attendaient que les femelles lancent un cri d'alerte avant de relayer le signal", note Claudia Stephan dans le communiqué de l'Unine. "Et une fois que les mâles se mettent à crier, les femelles cessent leurs vocalisations. "

Mais le plus surprenant reste la réaction des singes mâles quand les expérimentateurs font suivre le cri d'un léopard d'un signal d'alerte trompeur du cercopithèque femelle, signifiant "attention aigle".

Les mâles vont systématiquement relayer le signal de la femelle, soit dans ce cas "attention aigle". Et cela, même s'ils ont entendu que la menace réelle était un léopard.

Les mâles entendent un "appel aux armes"

Quant aux femelles, dont les cris étaient aussi enregistrés au cours de l'expérience, elles restent constantes dans leurs vocalisations. Le signal qu'elles émettent se réfère toujours au prédateur simulé, même si elles entendent un cri d'alerte différent de la part de leur mâle.

Cette différence est liée au genre. En effet, les mâles perçoivent le cri des femelles comme un "appel aux armes". Ils affichent alors le même comportement physique que s'ils se trouvaient en face du prédateur, de même qu'un rôle de protecteur du groupe de singes, femelles et petits compris.

Par ce comportement, les mâles rassurent les femelles qui lancent l'alerte. Ils leur montrent qu'ils sont capables d'assumer la protection du groupe. Et tant qu'ils ne le font pas vocalement, les femelles continuent d'émettre le signal d'alerte, jusqu'à la réponse appropriée du mâle.