Modifié le 04 avril 2016 à 21:41

"On ne parle plus de moi comme d'un autiste mais comme d'un écrivain"

Autiste, il voit les chiffres et les lettres en couleurs
Autiste, il voit les chiffres et les lettres en couleurs L'actu en vidéo / 2 min. / le 02 avril 2016
Atteint du syndrome d'Asperger, Daniel Tammet est connu pour avoir récité les 22'514 premières décimales de Pi en 2004. Aujourd'hui, l'écriture lui a permis d'échapper à la prison de l'autisme. Rencontre à Paris.

Né dans une famille modeste à Londres "un jour bleu tout comme le chiffre 4, qui est aussi triangulaire et timide", Daniel Tammet possède un cerveau exceptionnel. Atteint d'Asperger, ce syndrome des "autistes de génie", Daniel Tammet est également synesthète, c'est-à-dire que les chiffres ou les lettres qu'il entend ou qu'il lit ont des couleurs et des formes dans l'espace.

Mise au Point est parti le rencontrer à Paris, alors que son premier roman "Mishenka", racontant la vision du monde d'un joueur d'échec prodigieux, est sorti en librairie fin mars.

"Aujourd'hui, on ne parle plus de moi comme un autiste mais comme un écrivain", raconte, fier, l'auteur tenant son nouveau livre entre les mains. Son histoire résonne aussi comme un espoir alors que le samedi 2 avril marque la journée de l'autisme (lire encadré).

La vie en couleurs

"C'est tant d'années de travail, d'imagination, d'espoirs aussi. Tellement de gens n'imaginaient pas que je serais capable d'écrire un roman, d'imaginer un autre univers, d'autres personnes, d'autres vies", explique Daniel Tammet en voyant pour la première fois la couverture de son nouveau livre.

Car si c'est son premier roman, Daniel Tammet n'en est pas au premier essai d'écriture. Il a en effet raconté sa lente ouverture aux autres et ses talents particuliers dans quatre précédents ouvrages, notamment "Je suis né un jour bleu" (2007) et "Embrasser le ciel immense" (2009).

Le chiffre 6 est petit, noir et timide, comme moi quand j'étais enfant. Et le 9 est très grand.

Daniel Tammet

Le Britannique a surtout été mis sous le feu des projecteurs après avoir récité pendant 5 heures et 9 minutes les 22'514 premières décimales de Pi en 2004. Ce record européen a été possible pour lui notamment grâce à sa synesthésie.

Les scientifiques ne savent aujourd'hui pas encore très bien expliquer les causes de ce phénomène neurologique associant plusieurs sens, qui pourrait être lié à de l'épilepsie dans l'enfance notamment.

Il y a une complicité et une communication particulière entre les aires de mon cerveau.

Daniel Tammet

Ce qu'on sait actuellement, c'est que différentes aires du cerveau sont activées en même temps, alors que ce n'est pas le cas chez les non-synesthètes. Ainsi se croisent couleurs, formes et textures avec la lecture de lettres ou de chiffres, ou l'audition de sons.

Le chiffre 37 est grumeleux comme du porridge.

Daniel Tammet, écrivain

Daniel Tammet a donc réussi à retenir autant de décimales du nombre magique car elles se dessinaient sous ses yeux en un paysage coloré qu'il lui "suffisait de parcourir des yeux". Et ces chiffres ne sont pas seulement colorés, mais ils ont aussi une consistance et même une personnalité.

Des émotions difficiles à appréhender

"Le chiffre 6 est petit, noir et timide. Il me permettait de me représenter la tristesse des autres, plus jeune", explique l'écrivain. Des émotions difficiles à appréhender pour les enfants autistes.

Pour Daniel Tammet, la synesthésie s'applique aussi aux mots et aux lettres qu'il peut visualiser. "Longtemps je me suis dit que l'anglais ce n'était pas vraiment ma langue maternelle, c'est plutôt les chiffres, les couleurs, les émotions que je vis quand je parle qui sont ma langue maternelle", note le Britannique, qui a dessiné le mot "échecs" pour Mise au Point.

La visualisation du mot "échecs" pour Daniel Tammet, atteint de synesthésie.
La visualisation du mot "échecs" pour Daniel Tammet, atteint de synesthésie. [MAP - RTS - DR]

Si l'autisme a rendu le langage particulièrement difficile à aborder pour la communication dans son enfance, Daniel Tammet a réussi à le surmonter puisqu'il parle aujourd'hui dix langues étrangères. Il a même appris l'islandais en une semaine, également grâce à sa synesthésie.

"Daniel était très emmuré dans son handicap", a raconté son éditrice à la RTS. "Et il ne voulait plus faire le "chien de cirque" en récitant des nombres à l'infini ou en faisant du calcul mental avec des chiffres énormes".

Le mot crocodile est un mot doré, il brille.

Daniel Tammet

"C'est émouvant de voir mon nom sur la couverture", confie le jeune écrivain. Cela me rappelle cette journée où j'ai récité le nombre Pi. Pour la première fois, j'avais un public devant moi qui m'écoutait réciter et raconter. Une complicité et quelque chose d'émouvant s'est installé entre eux et moi. C'est là que je me suis dit que j'avais envie de faire passer des émotions, pas seulement avec les chiffres, mais aussi avec les mots. C'est là que j'ai compris que je voulais être écrivain", conclut Daniel Tammet.

>> Le reportage complet est à voir dans Mise au Point dimanche à 20h10 sur RTS Un

sbad

Publié le 02 avril 2016 à 11:33 - Modifié le 04 avril 2016 à 21:41

Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme

Ce samedi 2 avril 2016 marque la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme. Plusieurs événements (et des illuminations en bleu de plusieurs monuments) sont prévus en Suisse romande. L’autisme est un handicap encore mal connu et invisible, il se manifeste dans les trois premières années de la vie. Pourtant il n’est souvent détecté que bien plus tard.

Isabelle Steffen, membre du comité d’Autisme Suisse Romande, la plus grande association regroupant des parents, des amis et des professionnels concernés par l'autisme, a parlé de l'importance de cette détection précoce à l'émission On en Parle sur les ondes de la RTS.