Modifié le 29 août 2012 à 10:30

Les OGM ne sont nuisibles ni pour l'humain ni pour l'environnement, selon une étude

En Suisse, un moratoire interdit le recours aux organismes génétiquement modifiés jusqu'en 2013.
En Suisse, un moratoire interdit le recours aux organismes génétiquement modifiés jusqu'en 2013. [ - ]
Les organismes génétiquement modifiées (OGM) ne sont nuisibles ni pour la santé humaine, ni pour l'environnement. Telle est la conclusion d'un programme national de recherche, dont les résultats ont été publiés mardi. Les réactions n'ont pas tardé à fuser sur le moratoire en vigueur jusqu'en 2013.

L'utilisation du génie génétique dans la production alimentaire est contestée. La Suisse a même décidé d'un moratoire jusqu'en novembre 2013. Pourtant, à la lumière des connaissances actuelles, les plantes génétiquement modifiées (PGM) ne sont nuisibles ni pour la santé humaine, ni pour l'environnement, conclut le Programme national de recherche "PNR 59", dont les résultats ont été publiés mardi à Berne. Ainsi, l'apparition d'effets indésirables sur le terrain ne résulte pas des organismes génétiquement modifiés (OGM) eux-mêmes mais de "mauvaises pratiques agricoles comme les monocultures".

Leur introduction ne représenterait toutefois qu'un faible intérêt financier pour les agriculteurs. L'analyse des publications internationales et les recherches menées en Suisse arrivent au même résultat, a expliqué le professeur Dirk Dobbelaere, président du projet intitulé "Utilité et risques de la dissémination de plantes génétiquement modifiées". Selon ces résultats, tout le potentiel de cette biotechnologie n'est pas utilisé.

"Pas d'effets négatifs établis"

Les auteurs des études "n'ont pas été en mesure d'établir des effets négatifs sur les insectes utiles, les micro-organismes ou la fertilité des sols". Ceux qui s'opposent aux cultures transgéniques le font souvent pour des raisons idéologiques et non scientifiques, a observé le professeur Dobbelaere.

Si le moratoire venait à tomber, le choix des agriculteurs dépendrait également d'autres facteurs comme la concertation avec les exploitations voisines et la rentabilité économique des variétés. Cette dernière est actuellement faible mais pourrait augmenter en fonction de la pression des ravageurs qui pourrait être favorisée par les changements climatiques.

Faible bénéfice

"La coexistence de différentes formes agricoles, avec et sans génie génétique, est aussi possible dans un pays structuré en petits espaces comme la Suisse", ont observé les experts. Cette cohabitation "suppose toutefois une adaptation de la Loi sur le génie génétique, comme le suggère une étude juridique".

En outre, "le bénéfice financier supplémentaire généré par les PGM et les coûts de coexistence s'équilibrent à peu près". Ces coûts de coexistence pourraient cependant diminuer si les exploitations agricoles se concertent et fusionnent en zones de production.

agences/jgal

Publié le 28 août 2012 à 14:51 - Modifié le 29 août 2012 à 10:30

DES CONSOMMATEURS DIVISÉS

Du côté des consommateurs suisses, le génie génétique divise. Seule une personne sur quatre serait prête à acheter des denrées alimentaires de ce type.

Toutefois, 80% des sondés sont favorables à une liberté de choix entre produits issus ou non du génie génétique", a relevé le Fonds national suisse.

Pour les scientifiques du "PNR 59", il devient de plus en plus discutable de réserver un traitement particulier aux PGM car les nouvelles variétés sont presque impossibles à distinguer des plantes conventionnelles. Ce n'est donc pas le procédé utilisé pour les obtenir qui devrait prévaloir mais les propriétés utiles pour l'agriculture.

Ils recommandent donc de ne plus faire de différence avec les OGM pour l'octroi de paiements directs: les prestations écologiques requises (PER) ne devraient être accordées qu'en fonction des répercussions écologiques d'une culture, qu'elle soit issue ou non du génie génétique.

Malgré les actes de vandalisme commis, les scientifiques n'entendent pas renoncer aux essais en plein champ. L'expérience a montré que les plantes se comptent différemment dans l'environnement protégé d'une serre qu'en plein air. C'est "dans ce second cas de figure, seulement, qu'apparaissent les avantages et les inconvénients décisifs pour l'agriculture". Les scientifiques proposent donc de poursuivre les essais dans des champs protégés.

Des réactions au quart de tour

Les réactions aux conclusions du PNR 59 sur les plantes transgéniques n'ont pas tardé. Greenpace estime que tous les risques n'ont pas été examinés, tandis que les milieux économiques et scientifiques réclament la fin du moratoire sur l'utilisation d'organismes génétiquement modifiés (OGM).

"Le Programme national de recherche 59 a manqué d'approfondir une des questions les plus importantes et qui reste ouverte", écrit Greenpeace, à savoir les risques encourus lors de la consommation d'OGM.

L'Union suisse des paysans (USP) retient du programme de recherche que le génie génétique est sans utilité pour l'agriculture. Le PNR n'a pas pris en compte les coûts de la séparation des flux de marchandises et la question de la responsabilité civile en cas de contamination. Or, vu l'absence d'utilité économique des cultures étudiées, ces facteurs de coûts sont précisément décisifs pour la pratique. En conséquence, l'USP ne voit aujourd'hui aucune raison d'assouplir le moratoire et réclame même sa prolongation jusqu'en 2017.

L'organisation StopOGM se voit, elle, confortée dans sa position par le rapport: la Suisse peut et doit renoncer à l'utilisation commerciale de plantes génétiquement modifiées. Elle critique notamment le choix du blé comme modèle d'étude. Aucun essai mené avec du blé génétiquement modifié dans le monde n'a conduit jusqu'à présent à une commercialisation et aucun blé de ce type ne sera commercialisé dans les années à venir.

Du côté des opposants au moratoire, economiesuisse, scienceindustries, Swiss Biotech et le forum alémanique "Konsumentenforum kf" sont fermement opposés à toute nouvelle prolongation.