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La glace la plus froide jamais mesurée dans un nuage moléculaire

La région centrale du nuage moléculaire "Caméléon I", situé à plus de 500 années-lumière de la Terre, capturé par la caméra en infrarouge proche (NIRCam) du JWST. [M. Zamani (ESA/Webb) - NASA, ESA, CSA]
La glace la plus froide jamais mesurée dans un nuage moléculaire / Le Journal horaire / 42 sec. / le 24 janvier 2023
Une équipe internationale avec participation suisse a détecté grâce au télescope spatial James Webb la glace la plus froide jamais mesurée dans un nuage moléculaire. Et, dans ce milieu gelé, ont été identifiés des ingrédients fondamentaux de la vie.

Les nuages moléculaires sont des nébuleuses interstellaires où se produit la création des étoiles. Les scientifiques, parmi lesquels figure Maria Drozdovskaya, de l'Université de Berne et du centre national de compétence en recherche PlanetS (NCCR), ont mesuré une température de -263 degrés – soit dix degrés au-dessus du zéro absolu – au centre du nuage moléculaire "Caméléon I", situé à plus de 500 années-lumière de la Terre. Là se forment actuellement des douzaines de jeunes étoiles: elles sont proches du centre du nuage, dans un environnement particulièrement froid, dense et difficile à étudier.

Ces molécules gelées pré-stellaires sont considérées comme centrales dans l'apparition de la vie sur Terre, note l'alma mater bernoise dans un communiqué. Les scientifiques y ont trouvé de l'eau, du monoxyde et du dioxyde de carbone, de l'ammoniac et du méthane, mais aussi des composés plus complexes comme le méthanol.

Ces mesures sont les plus précises à ce jour de ces poussières gelées à très basse température. Elles ont été effectuées grâce aux spectrographes infrarouges du télescope James Webb, capables de détecter l'empreinte chimique de chaque molécule.

De la soupe pré-biotique

Les scientifiques ont également eu la surprise de constater que certains éléments comme le carbone, l'hydrogène, l'oxygène, l'azote et le soufre étaient présents en moindres quantités qu'attendu. Or ces éléments sont des ingrédients fondamentaux pour la formation des acides aminés dans la soupe pré-biotique.

Cela tend à indiquer, selon l'équipe de recherche, que ces éléments ne proviennent pas uniquement des nuages moléculaires: "Cela peut vouloir dire qu'ils sont enfermés dans des particules de poussière rocheuse", précise l'astronome Melissa McClure, de l'Observatoire de Leiden, principale autrice de l'étude.

Il n'en reste pas moins que la présence de molécules pré-biotiques lors de la formation des étoiles pourrait être plus fréquente que supposé, et pas seulement une caractéristique de notre système solaire, selon leurs conclusions publiées dans la revue Nature Astronomy (lire encadré).

Stéphanie Jaquet et l'ats

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L'âge glaciaire de l'Univers

Les chercheuses et chercheurs qui ont participé à cette étude font partie d'un groupe nommé "Ice Age" qui réunit une cinquantaine de personnes expertes en astrochimie, astrophysique de laboratoire, formation stellaire et en milieu interstellaire, originaires de dix pays différents.

Leur but est de rechercher les éléments constitutifs de la vie avec le télescope spatial James Webb, afin de comprendre, notamment, si la vie est un phénomène universel ou si nous sommes uniques.