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Le Trouble de la Personnalité Borderline, un quotidien intense et hypersensible

Podcast Dingue. [RTS]
Trouble de la personnalité borderline, hypersensibilité et intensité / Dingue / 31 min. / le 28 novembre 2022
A la fois caricaturé et très largement sous-diagnostiqué, le Trouble de la Personnalité Borderline (TPB) touche environ 4% de la population. Il est généralement synonyme d’une souffrance intense. Témoignages et explications dans le nouvel épisode du podcast Dingue.

"J’ai cette énergie, ce dynamisme, les gens adorent ça, mais ils ne voient pas la face cachée de l’iceberg", résume Francesca, qui vit avec un TPB. Pour elle, et comme c’est généralement le cas, les premières manifestations du trouble sont apparues à l’adolescence.

"C’était au-delà de la tristesse, une souffrance que je n’arrivais pas à gérer et c’est là que j’ai commencé à m’automutiler, pour évacuer ce débordement émotionnel", relate Francesca, qui ajoute qu'elle utilisait un petit couteau de cuisine pour se griffer le bras.

A noter que tous les adolescents et, plus communément, toutes les adolescentes qui pratiquent l’automutilation ne développent pas inévitablement un TPB.

Un trouble redouté plus encore que redoutable

Pour Nader Perroud, professeur à l’Université de Genève, médecin adjoint agrégé et responsable de l’unité du trouble de la régulation émotionnelle aux HUG, le TPB est l’un des troubles les plus stigmatisés en psychiatrie. "C'est hyper mal vu, non seulement par les patients, mais aussi par les soignants", explique-t-il.

L’une des illustrations de cet opprobre est chiffrée. "On s’est rendu compte que 40% des patients vivants avec un TPB étaient diagnostiqué comme ayant un trouble bipolaire", précise Nader Perroud. Il y a plusieurs explications à ce biais: outre la réprobation sociale, il y a aussi le fait qu’il existe des médications pour le trouble bipolaire, mais pas pour le TPB.

Le traitement de base est donc la psychothérapie. Il existe des programmes spécialisés pour le TPB qui sont très efficaces, mais peu connus, même par les psychiatres. "C’est complètement fou qu’on n’ait pas assez de personnes qui puissent prendre en charge ces patients parce que ça se traite facilement", déplore le médecin.

Une relation particulière avec la mort

Deux chiffres sont emblématiques du rapport singulier du TPB avec la mort: 75% des personnes vivant avec ce trouble font une ou plusieurs tentatives de suicide et 8% en décèdent.

Pour Francesca, l’idée de suicide lui permet de réduire son angoisse: "Pour moi, la vie est difficile, la vie m’angoisse. Donc cette option de pouvoir mettre fin à cette angoisse me rassure."

Francesca a d'ailleurs développé une relation quasi thérapeutique avec ses tentatives de suicide. En effet, au moment de ses tentatives, elle écrit une lettre d’adieu à ces proches et cette pratique l’apaise.

Un trouble en lien avec l’enfance?

Comme c’est généralement le cas pour les troubles mentaux, l’origine du TPB est en partie héréditaire et en partie liée à l’enfance. Ce ne sont pas forcément des abus ou de la maltraitance, mais plus largement, une enfance dans un environnement dit "invalidant", c’est-à-dire mal compris dans ses émotions et ses particularités.

C’est notamment ce qui explique qu’un enfant vivant avec un trouble de déficit de l’attention non diagnostiqué soit à risque de développer un TPB. "Si l’enfant bouge tout le temps en classe, qu’il embête tout le monde, on va le punir constamment et on va très vite être amené à invalider le vécu de cet enfant. Au bout d’un moment, il se dit qu’il est complètement nul, c’est de l’auto-invalidation", détaille Nader Perroud.

Des aspects positifs?

Sans banaliser ou nier la souffrance inhérente au TPB, ce trouble offre à ceux qui en souffrent quelques aspects positifs: "Une personne vivant avec un TPB est beaucoup plus sensible au niveau émotionnel, mais aussi dans l’expression des émotions, qu’un sujet lambda", précise Nader Perroud.

"Ce phénomène a une propension à générer des artistes. Il y a une pléthore d’artiste borderline. Par exemple, Amy Winehouse a pu faire part de ses émotions, de son vécu parce qu’elle était borderline. Donc il y a cette tendance à pouvoir faire vivre au commun des mortels des choses qu’ils ne vivent pas tous les jours", poursuit le médecin.

De son côté, Francesca admet qu’elle ne s’imagine pas vivre une vie terne: "J’ai besoin de vibrer en fait! Et à travers ma souffrance, je pense aussi que je comprends facilement la souffrance des autres, donc ça m’a permis de développer une empathie qui peut être utile pour accompagner et aider les gens."

Adrien Zerbini/boi

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