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La mission Artemis doit ouvrir un nouveau chapitre de l'exploration spatiale

L'invité de La Matinale (vidéo) - Jean-Baptiste Desbois, directeur général de la Cité de l'Espace [RTS]
L'invité de La Matinale (vidéo) - Jean-Baptiste Desbois, directeur général de la Cité de l'Espace / L'invité-e de La Matinale (en vidéo) / 12 min. / le 29 août 2022
Avec des années de retard, la NASA va lancer le premier vol non-habité de son programme Artemis. Objectif: viser à nouveau la Lune, 50 ans après Apollo, avec la conquête de Mars en ligne de mire.

Une centaine de milliers de touristes et de fans de conquête spatiale ont fait le déplacement à Cap Canaveral, en Floride, alors que l'agence spatiale américaine s'apprête à lancer le premier vol de son programme spatial Artemis. Initialement prévu à 14h33 lundi (heure suisse), le lancement a été repoussé à vendredi, en raison d'un problème technique sur l'un des moteurs principaux de l'engin.

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Avec ses 100 mètres de hauteur et les quelque 280'000 litres d'hydrogène et d'oxygène liquide qui seront nécessaires pour la mettre en orbite terrestre puis parcourir en cinq jours les quelque 386'000 kilomètres qui nous séparent de la Lune, il s'agira de la plus grosse fusée de l'histoire des Etats-Unis. Elle doit accomplir une mission-test de 42 jours autour de la Lune.

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"Réinventer la technologie"

Cette première mission Artemis I est inhabitée. Elle doit servir à vérifier si tout fonctionne comme prévu, et en particulier si le bouclier thermique permettra à des astronautes de rentrer sur Terre de façon fiable. Si tout se passe bien, un vol habité Artemis II pourrait arriver d'ici deux ans. Et en 2025 ou 2026, une première femme pourrait marcher sur le pôle Sud de la Lune.

Mais même cinquante ans après le succès d'Apollo, l'envoi d'humains dans un environnement aussi hostile que celui de l'astre lunaire n'est pas une formalité. "Il a fallu presque réinventer le programme technologique pour aller sur la Lune", souligne dans La Matinale le directeur général de la Cité de l'Espace à Toulouse, Jean-Baptiste Desbois.

Enjeux scientifiques et géopolitiques

À terme, la NASA veut installer une base lunaire de façon permanente au pôle Sud du satellite. Et plus largement, l'aboutissement de ce nouveau projet d'exploration est l'envoi d'une mission sur Mars d'ici la fin des années 2030. Car la Lune doit devenir un véritable "tremplin vers Mars", explique Jean-Baptiste Desbois.

"C'est pour ça que la Lune intéresse beaucoup actuellement la communauté scientifique et politique. Elle permettra de nous préparer, d'apprendre à apprivoiser un environnement hostile, puis de partir depuis la Lune vers Mars. C'est l'enjeu du futur. Mais là, on parle d'un horizon sur les 20 à 30 prochaines années", détaille-t-il.

Nouvelle frontière d'exploration pour l'humanité, ce retour sur la Lune recèle une forte dimension imaginaire et symbolique, mais aussi géopolitique. "Les Etats-Unis ne veulent pas se faire dépasser par la Chine", rappelle Jean-Baptiste Desbois.

Mars, de la science-fiction à moyen terme?

Dans ce cadre, une base permanente sur la Lune serait comme "une sorte de village-étape", poursuit le spécialiste. "On n'est pas dans une colonisation de la Lune. Mais des humains pourront rester plusieurs mois dans des bases lunaires pour comprendre comment on peut préparer des carburants ou fabriquer de l'eau sous une forme consommable, par exemple. Ces technologies existent sur terre, encore faut-il arriver à les appliquer là-bas."

En l'état actuel, le voyage vers Mars est tout simplement technologiquement impossible. Cela représente un voyage de plus de deux ans. "Et si on commence à peine à trouver les technologies pour partir, on ne sait surtout pas encore en revenir", rappelle-t-il. Aucun module martien n'est encore capable de ramener des humains sur Terre depuis la planète rouge.

Pas un plan B, mais un atout

Selon Jean-Baptiste Desbois enfin, la fascination pour l'espace reste intacte, malgré les enjeux multiples et souvent dramatiques qui secouent la planète. "Comme il y a eu une génération Apollo, il y aura une génération Artemis", projette-t-il, soulignant également que ce programme marquera sans doute l'ouverture d'un nouveau chapitre de l'utilisation de l'espace en faveur de la vie sur Terre.

Car si Mars n'est en aucun cas un "plan B" pour l'humanité, "ces programmes spatiaux, quels qu'ils soient, sont des accélérateurs majeurs de technologie pour un pays et pour l'humanité". L'espace offre ainsi un instrument de compréhension de la Terre mais aussi une prise de distance, un "overview effect" relaté par les astronautes de retour de l'espace, qui offre une perspective nouvelle sur notre planète et notre façon de l'habiter.

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Propos recueillis par David Berger

Adaptation web: Pierrik Jordan

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Participation européenne et helvétique

Pour la première fois, la participation de l’Europe dans une mission lunaire de la NASA est majeure. Le module de service, sorte de salle des machines pour la capsule habitable Orion et son équipage, sera construit par l’Europe.

Et la Suisse joue aussi un rôle important, avec le contrôle des panneaux solaires de la capsule.

Des sites potentiels d'atterrissage grâce à l'intelligence artificielle

Trois jours avant le départ du vol Artemis 1, une équipe internationale dirigée par des scientifiques de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich a rendu visibles, grâce à l'intelligence artificielle, les zones obscures du pôle sud de la Lune.

Ces informations pourraient être utilisées dans les futures missions habitées d'Artemis. Selon la haute école zurichoise, elles pourraient, par exemple, donner des indications sur des sites appropriés pour des alunissages ou sur de possibles itinéraires d'exploration.

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