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La Terre a échappé de peu au sort peu enviable de Vénus

Le nouvel administrateur de la Nasa Bill Nelson a annoncé mercredi prévoir de lancer deux nouvelles missions scientifiques sur Vénus entre 2028 et 2030. [NASA/JPL - Keystone]
Vénus a probablement toujours été hostile à la vie / La Matinale / 1 min. / le 14 octobre 2021
Des astrophysiciens se sont intéressés au passé de la planète Vénus pour savoir si elle a un jour abrité des océans, comme la Terre. Grâce à des simulations climatiques, ils ont découvert que le climat de Vénus n'aurait jamais permis à la vapeur d'eau de se condenser pour former de l'eau liquide. La Terre, elle, a failli connaître le même sort.

Des océans existent sur la Terre depuis près de quatre milliards d'années et Mars a abrité des lacs et des rivières. Mais les experts sont divisés sur la question de savoir si de l'eau liquide a déjà coulé sur Vénus. Une équipe dirigée par l'astrophysicien Martin Turbet, de l'Université de Genève (UNIGE), ajoute maintenant un élément au débat dans la revue scientifique Nature.

"Nous avons simulé le climat de la Terre et de Vénus au tout début de leur évolution, il y a plus de quatre milliards d’années, lorsque la surface des planètes était encore en fusion", explique Martin Turbet dans un communiqué de l'UNIGE publié mercredi. A ce moment-là, l'eau était présente sous forme de vapeur, comme dans une gigantesque cocotte-minute.

Températures pas assez basses

Selon les chercheurs, les températures ne sont jamais descendues suffisamment bas sur Vénus pour que l'eau présente dans son atmosphère forme des gouttes de pluie qui pourraient tomber sur sa surface. Au lieu de cela, l'eau est restée sous forme de gaz dans l'atmosphère et les océans ne se sont jamais créés.

Ce phénomène s'explique principalement par les nuages, qui se forment de préférence du côté nuit de la planète. "Ceux-ci provoquent un très puissant réchauffement par effet de serre, qui a empêché Vénus de se refroidir aussi rapidement qu'on l'imaginait", souligne Martin Turbet.

Au cours des dix prochaines années, les agences spatiales européenne (ESA) et américaine (NASA) enverront trois missions vers Vénus. Les observations obtenues "seront cruciales pour confirmer ou infirmer nos travaux", note David Ehrenreich, professeur à l'UNIGE et co-auteur de l'étude.

>> Lire aussi: La Nasa annonce deux nouvelles missions d'exploration de Vénus

"Si les auteurs ont raison, alors Vénus a toujours été un enfer", ont écrit les chercheurs américains James Kasting et Chester Harman dans un article accompagnant l'étude. A l'heure actuelle, la planète peut être considérée comme telle, avec une pression atmosphérique extrêmement forte, une atmosphère épaisse composée principalement de dioxyde de carbone et des températures avoisinant les 470 degrés jour et nuit.

La Terre a été chanceuse

Dans leurs simulations, les astrophysiciens ont également montré que la Terre a manqué de peu de subir le même sort que Vénus. Si la Terre avait été juste un peu plus proche du Soleil, ou si le Soleil avait brillé aussi fort qu'aujourd'hui, elle serait actuellement une planète tout aussi inhospitalière que sa "planète soeur".

"Initialement, ces planètes étaient toutes les deux trop chaudes pour avoir de l'eau liquide à leur surface, explique Emeline Bolmont, professeure en astronomie à l'UNIGE. Sur Terre, on a eu la chance d'être un peu plus loin du Soleil que Vénus. On aussi profité du fait que le Soleil, il y a quelques milliards d'années, était moins lumineux qu'aujourd'hui."

La planète bleue recevait ainsi un peu moins d'énergie solaire et le climat y était plus tempéré, ce qui a permis aux océans de se former.

Selon James Kasting et Chester Harman, les récents résultats concernant Vénus ont également des implications pour la recherche de la vie sur les exoplanètes. Certaines planètes situées en dehors de notre système solaire, que l'on pensait habitables, ne le sont peut-être pas, écrivent-ils.

ar/iar avec l'ats

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