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La fronde contre le Bitcoin s'organise

Une représentation de cryptomonnaies, dont le Bitcoin, Ethereum, DogeCoin, Ripple et Litecoin. [Dado Ruvic - Reuters]
Zoom - La fronde contre le Bitcoin s'organise / La Matinale / 2 min. / le 13 octobre 2021
Plus une semaine ne passe sans son lot de critiques contre le bitcoin. Après un succès planétaire et une valeur qui dépasse les 50'000 francs, la crypto-monnaie est désormais la cible de plusieurs politiciens suisses.

Les critiques contre le bitcoin existent depuis sa création. Mais fort de son succès planétaire et d'une valeur qui dépasse actuellement les 50'000 francs, elles se font toujours plus audibles. Mauvais pour l'environnement, financement du crime organisé ou encore repère de spéculateurs font notamment partie des reproches qui lui sont adressés.

Dernier exemple en date, le directeur général de JPMorgan Chase & Co Jamie Dimon a plaidé mardi en conférence pour une réglementation de la crypto-monnaie par les gouvernements. Au passage, il a déclaré que pour lui, le bitcoin ne vaut "rien".

Rançons souvent en crypto-monnaie

En Suisse, la fronde est menée par le conseiller national socialiste Roger Nordmann. Les attaques informatiques à répétition contre les entreprises et les institutions suisses lui ont donné matière à réflexion.

Les rançons exigées pour récupérer les données sont très souvent en bitcoins. Dans une motion déposée au Parlement, il demande notamment au Conseil fédéral "d'interdire en Suisse l'usage des crypto-monnaies qui ne garantissent pas l'identification de l'ayant droit économique". L'idée est d'attaquer le crime organisé en coupant son financement.

Un esprit libertaire

Actuellement, l'autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) encadre les acteurs officiels du système. Depuis décembre dernier, elle a renforcé ses mesures de surveillance. Le destinataire de l'argent doit être connu pour tous les montants dépassant 1000 francs par mois, une mesure encore précisée en juin de cette année. La limite est plus sévère que pour le cash, 5000 francs pour une opération de change.

Mais réglementer une crypto-monnaie, décentralisée et anonyme par essence, est un défi. Car il n'est pas nécessaire de passer par une institution reconnue en Suisse pour échanger des bitcoins. Cet esprit libertaire est résumé par le fondateur de Tesla, Elon Musk. Il croit aux crypto-monnaies comme un moyen "d'augmenter le pouvoir de l'individu par rapport au gouvernement".

Le fond du problème est là: la perte de contrôle des Etats et de leurs banques centrales sur un levier essentiel de leur action, l'argent. Aujourd'hui, le bitcoin est en vogue car ses utilisateurs croient en sa valeur. Il s'agit donc de le décrédibiliser en attirant l'attention sur les dérives.

Vers des crypto-monnaies étatiques?

La Chine prépare le lancement de sa monnaie numérique officielle. La concurrence du bitcoin inquiète. La Banque centrale chinoise a donc jugé, le 24 septembre, que toutes les transactions financières impliquant des crypto-monnaies étaient illégales.

Lire aussi: L'avènement des monnaies numériques étatiques se précise

Pourtant, tous les pays ne craignent pas le bitcoin. Les regards sont tournés vers un petit pays d'Amérique centrale. Depuis septembre, le Salvador et ses 6,5 millions d'habitants vivent au rythme du bitcoin. Le pays, en proie à de graves difficultés financières, a reconnu le bitcoin comme monnaie officielle. Le gouvernement estime que cette décision permettra de réduire les frais de transfert sur les sommes envoyées au pays par les trois millions de Salvadoriens qui vivent à l'étranger, et qui représentent 22% du PIB du pays.

Le bitcoin gagne en popularité dans des pays qui souffrent de l'inflation, comme le Venezuela ou l'Argentine. Même Cuba a décidé d'autoriser le bitcoin. Au Laos, on songe à utiliser l'électricité produite par les barrages pour "miner" du bitcoin.

Pascal Wassmer

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