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Les guérisseurs, un pied dans la magie, l'autre dans le système de santé

Les guérisseurs face à la science [RTS]
Quinze minutes - La collaboration entre médecins et guérisseurs / Le 12h30 / 15 min. / le 5 juin 2021
Entouré de mystère, le monde des guérisseurs fascine le public, qui fait régulièrement appel à ces personnes possédant un don pour soigner une affection particulière. La cohabitation avec la médecine scientifique semble de moins en moins disputée et les ponts entre les deux domaines pourraient même se solidifier.

Vous vous brûlez ou vous n'arrivez pas à faire disparaître des verrues... Faites-vous appel à un faiseur de secret? En Suisse romande, les guérisseurs sont très souvent sollicités, avec plus de 300 appels par jour pour certains. Et les coups de fils proviennent également des institutions médicales.

Le magazine de reportage 15 minutes s'est intéressé à la collaboration entre médecins et guérisseurs, deux mondes a priori très éloignés. D'un côté, les "faiseurs et faiseuses de secret" qui possèdent un don de guérison pour les brûlures, les douleurs ou les verrues, et qui soignent par les énergies et la prière. Et de l'autre côté, les médecins qui ont fait de longues études scientifiques pour être capables de guérir.

>> La vidéo de 15 minutes:

Au coeur de l'hôpital

Mais cela n'empêche pas la communication entre ces deux réalités. Dans la plupart des hôpitaux de Suisse romande, et depuis longtemps, des listes de guérisseurs sont disponibles, et il n'est pas rare que le personnel soignant fasse appel à eux. Par contre, il n'est pas coutume d'en parler ouvertement et de voir des guérisseurs au sein même des hôpitaux.

Mais des exceptions existent. A l'hôpital de Sion, Florence Müller est médecin assistante, mais aussi faiseuse de secret. Et même si elle est avant tout médecin, elle exerce son don sans complexe, notamment au sein du service de gériatrie.

"J'y étais au coeur de la deuxième vague du Covid, surtout auprès de patients en fin de vie", raconte Florence Müller, qui dit avoir côtoyé "beaucoup d'angoisse" et de peine à respirer. "On se sent vite démunie, et là j'ai beaucoup fait avec les prières."

>> Les précisions de Coraline Pauchard dans La Matinale:

 

La collaboration entre médecins et guérisseurs (vidéo) [RTS]
La collaboration entre médecins et guérisseurs (vidéo) / La Matinale / 3 min. / le 4 juin 2021

Curiosité et intérêt

Jongler entre le côté magique du secret et le côté scientifique de la médecine est pour elle "assez facile", décrit-elle. "Dès que je fais mes prières, je ressens les douleurs ou les brûlures des patients. Je sens qu'il y a quelque chose qui se passe, le cerveau ne peut pas le réfuter. Et quand on voit les résultats, ça finit de bien convaincre le cerveau que cela fonctionne."

Au sein de l'hôpital, ses interventions sont acceptées, et même bien vues. "Il y a eu quelques médecins qui m'ont contactée, qui étaient curieux et intéressés de voir comment on pouvait collaborer. Il n'y a pas de souci tant que cela ne remplace pas la prise en charge normale", explique Florence Müller.

>> Lire aussi: Magali Jenny: "Les guérisseurs tiennent beaucoup à préciser qu'ils ne guérissent pas du Covid-19"

Cet intérêt va plus loin, jusque dans les universités. A Fribourg, Pierre-Yves Rodondi, directeur de l'Institut de médecine de famille, a mis sur pied il y a deux ans des cours à option sur les guérisseurs. "Ils font partie du système de santé, dans le sens que les patients ont recours à eux pour des problèmes de santé", affirme-t-il. "On doit donc pouvoir en parler avec les étudiants en médecine, pour savoir ce que ça représente d'aller chez le guérisseur. Et parler avec un guérisseur permet de briser la glace et de comprendre ce qui se joue là autour."

Vers une régulation?

Lui-même, en tant que médecin généraliste, propose des guérisseurs à ses patients. Mais ces cours sont aussi une manière d'éviter les abus. "On parle régulièrement dans la presse de procès de guérisseurs qui ont abusé de patients et de patientes. Une régulation serait à mon avis nécessaire, ou alors une autorisation de pratiquer ou un meilleur contrôle", estime Pierre-Yves Rodondi, qui plaide pour une "charte" fixant les lignes directrices pour une bonne manière de pratiquer.

Et c'est peut-être ce contrôle, aussi difficile soit-il, qui pourrait intégrer complètement les guérisseurs, guérisseuses, faiseurs et faiseuses de secret dans la prise en charge médicale.

>> Revoir aussi le reportage de Temps Présent sur les guérisseurs face à la science:

Les guérisseurs face à la science [RTS]
Les guérisseurs face à la science / Temps présent / 58 min. / le 25 mars 2021

Coraline Pauchard/kkub

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