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Vers des tests d'anticorps plus poussés pour connaître l'immunité face au Covid-19

Un test sérologique nouvelle génération pourrait bientôt mesurer l'immunité protectrice individuelle contre le Covid-19. [RTS]
Un test sérologique nouvelle génération pourrait bientôt mesurer l'immunité protectrice individuelle contre le Covid-19. / 19h30 / 2 min. / le 29 avril 2021
Les tests sérologiques actuels ne permettent pas à une personne vaccinée ou préalablement infectée de déterminer son niveau de protection face au virus Sars-Cov-2. Des chercheurs du CHUV et de l'EPFL ont développé un test plus affiné, apportant une arme supplémentaire à la lutte contre le Covid-19.

Après une infection au coronavirus ou une vaccination, le corps produit des anticorps. Cependant, on ignore combien de temps dure la protection immunitaire. Les tests sérologiques actuels permettent d'indiquer la présence ou non d'anticorps dans le sang, mais pas la qualité de la protection immunitaire. Car tous les anticorps ne se valent pas.

Parmi toute la série de réponses immunitaires produite par le corps, il existe une sous-catégorie dite d'anticorps neutralisants. Ces derniers intéressent particulièrement une équipe de chercheurs du CHUV et de l'EPFL: "A l'heure actuelle, nous pensons que les anticorps neutralisants sont le meilleur marqueur d'immunité protectrice", explique Didier Trono, chef du Laboratoire de virologie et génétique à l'EPFL.

Compter les serrures ouvertes

Ce membre de la task force scientifique de la Confédération a développé un test, en collaboration avec une équipe du CHUV, permettant de mesurer le taux d'anticorps neutralisants dans le sang. Si ces derniers ne se laissent pas compter, on peut le faire indirectement, en mesurant leur effet sur la capacité des protéines "spike" du virus, leur clé, d’entrer dans les cellules humaines.

Schématiquement, le test utilise des copies de la protéine spike du virus et les expose à l’échantillon de sang. Les anticorps présents qui se souviennent de cette clé vont alors se coller à leur surface. Puis, des copies de serrures de cellules humaines sont ajoutées. Les clés recouvertes d'anticorps ne pourront pas entrer dans ces serrures, les autres oui. En comptant finalement le nombre de serrures ouvertes, on pourra déduire le taux d’anticorps neutralisants.

Reste maintenant à établir quel taux de ces anticorps neutralisants est nécessaire pour assurer une protection immunitaire, note Didier Trono.

Suivre l'effet de la vaccination

Ce test de nouvelle génération pourrait livrer ses résultats en 2 heures, pour un prix avoisinant ceux des tests actuels. Jusqu'à présent, le test n'a été utilisé que dans des études scientifiques. Il a été soumis il y a quelques semaines à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Interrogé, ce dernier affirme étudier encore si de telles analyses peuvent s'inscrire dans la stratégie de test à l'avenir.

Selon Didier Tronon, ces tests pouvant identifier le degré d'immunité permettraient de savoir, au niveau individuel, qui doit être vacciné et qui n'en a pas besoin. A l'échelle nationale, mais aussi potentiellement internationale, l'objectif sera aussi de suivre l'effet de la vaccination, afin de savoir s'il faut revacciner ou donner des rappels plus ou moins vite, en adaptant ou non les vaccins aux nouveaux variants en circulation.

>> relire: La nécessité d'une troisième dose, voire plus, de vaccin anti-Covid se précise

Un accès au certificat Covid-19?

Ces nouveaux tests permettront-ils de constituer une garantie suffisante pour établir un certificat donnant un accès facilité aux grands événements? Le virologue de l'EPFL l'espère. Car à l'heure actuelle, il faut avoir été testé positivement à la maladie, avoir été vacciné ou effectuer un test PCR négatif, selon le plan du Conseil fédéral.

>> Lire aussi: Assouplissement sanitaire limité avec le vaccin anti-Covid dans un premier temps

"A l'heure actuelle, les tests sérologiques ne permettent pas de confirmer avec certitude, sur le plan individuel, qu'une personne est immune. On va évidemment évoluer en fonction des connaissances le cas échéant", confirme Virginie Masserey, cheffe du Contrôle des infections à l'OFSP.

Pascal Jeannerat et Feriel Mestiri

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