Modifié

Le forage du permafrost risque de réveiller de très anciens virus

L'invité de La Matinale (vidéo) - Jean-Michel Claverie, professeur de médecine et spécialiste des virus [RTS]
L'invité de La Matinale (vidéo) - Jean-Michel Claverie, professeur de médecine et spécialiste des virus / La Matinale / 10 min. / le 21 juillet 2020
Si le permafrost dans les pays arctiques dégèle, est-il possible que certains virus disparus depuis longtemps redeviennent actifs? Pour Jean-Michel Claverie, microbiologiste, le risque existe mais il provient davantage d'activités humaines plus directes, comme le forage et l'exploitation industrielle.

"En Sibérie, les températures peuvent osciller entre -55 degrés l'hiver à 38 degrés pendant une journée de juillet ou du mois d'août. Et donc chaque été, une partie superficielle de ce sol jusqu'alors gelé va réveiller les microbes qui étaient endormies depuis l'hiver dernier. C'est quelque chose de normal. En soi, ce n'est pas très grave. Ce qui est plus embêtant par contre, c'est quand on descend plus en profondeur dans le permafrost, donc dans ce sol gelé, où on commence à atteindre des couches qui datent pour certaines, d'un million d'années", explique Jean-Michel Claverie mardi au micro de La Matinale.

Car pour le scientifique, le principal danger est bien là et concerne les activités humaines comme la prospection minière, qui est désormais très active en Sibérie:

"La première chose qu'on fait avec une mine, c'est de creuser des trous, et ces trous ont pour but d'enlever en une seule fois des couches énormes de permafrost, jusqu'à un kilomètre de profondeur. Là, on se met donc à toucher des couches de sol qui n'ont pas été perturbées depuis un million d'années et l'on sait qu'on a ici, des tas de bactéries, des tas de virus qu'on ne connaît absolument pas et avec lesquels on n'a jamais été en contact."

Le réchauffement comme accélérateur

Si le réchauffement climatique joue un rôle, c'est celui de permettre, grâce à des étés de plus en plus chauds, d'ouvrir les routes maritimes du nord-est et du nord-ouest aux pays qui ont autorité sur l'Arctique comme la Russie, les Etats-Unis ou la Finlande.

Jusqu'à récemment, cette région était tout à fait inhospitalière du fait de la banquise. Or maintenant, ces passages sont ouverts huit mois par an. "Cela permet d'amener des gros bateaux et qui dit gros bateaux, dit gros équipements destinés notamment à des opérations industrielles", explique Jean-Michel Claverie.

Ne pas jouer aux apprentis-sorciers

Alors que faire pour limiter les risques? Le microbiologiste estime qu'il faut éviter de jouer aux apprentis-sorciers, en s'amusant par exemple à tenter de réveiller des virus qui pourraient provoquer des catastrophes.

Il juge toutefois nécessaire d'envoyer dans ces endroits des équipes qui ont les capacités techniques pour sonder le sol pour des virus qui pourraient contaminer l'homme ou les animaux.

Pour Jean-Michel Claverie, "il n'est pas imaginable que quelqu'un aille dire à monsieur Poutine de bien vouloir arrêter de forer pour trouver du pétrole ou des minerais extrêmement précieux en Sibérie. Il faudrait donc avoir des équipes sur place qui sont orientées vers la virologie médicale et qui pourraient vérifier qu'aucun virus particulièrement dangereux pour l'homme n'est présent dans les sols".

Propos recueillis par Valérie Hauert

Adaptation web: Tristan Hertig

Publié Modifié

Les virus capables de se réactiver en présence d'hôtes

Malgré des températures inférieures extrêmes, les virus peuvent se réactiver à l'instant où ils rencontrent l'hôte qui leur convient.

"Un virus est un parasite, donc ce dont il a besoin, c'est d'avoir en face de lui l'hôte qui lui correspond. Si vous mettez en face de lui le bon hôte, il est capable de rentrer dans cet hôte et de se réactiver complètement. C'est un peu comme une graine et une plante. La graine peut rester dans le sol pendant très longtemps sans que rien ne se passe, mais dès que vous avez la bonne température et la bonne hydrométrie, la plante va se mettre à pousser. C'est la même chose pour les virus", explique Jean-Michel Claverie.