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Le "quartier le plus intelligent du monde" débranché à Toronto

Le professeur Ola Söderström (Unine). [RTS]
Ola Söderström s’exprime sur la pandémie et les villes / Le 12h30 / 9 min. / le 25 mai 2020
Les smartcities proposent des solutions innovantes aux problèmes modernes: inondations, pollution, transports ou recyclage. En contrepartie, des sociétés privées ont accès à vos données les plus intimes. Google a dû jeter l’éponge à Toronto.

Ce devait être le quartier "le plus intelligent du monde". Google a annoncé ce mois-ci qu'il abandonne son projet de smartcity à Toronto, au Canada. Le prototype devait servir de vitrine mondiale pour imposer la "Google city".

Il avait pourtant commencé comme dans un conte de fée. En 2017, Google remporte un appel d'offre des autorités canadiennes. Il s'agit de transformer une friche portuaire d'un demi-kilomètre carré en quartier du futur. Sur le papier, le projet est enthousiasmant: écologie, nouveau matériaux, robots livreurs. Une plongée dans un film de science-fiction. Le budget de l'opération dépasse le milliard de dollars, pour seulement 5000 habitants.

Concrètement, le projet fourmille de nouveautés. Finis les camions en villes. La livraison des marchandises s'effectue par un réseau souterrain, tout comme la gestion des déchets. Le trafic routier est géré en temps réel. Par exemple, la route s'élargit ou se rétrécit selon le trafic. Les transports en commun sont aussi optimisés, selon la demande. Et les pistes cyclables sont chauffées en hiver. Evidemment, tout est connecté à internet.

>> Les explications de Pascal Wassmer dans le 12h30:

Toronto abandonne son projet de ville intelligente. [Frank Gunn - The Canadian Press via AP/ Keystone]Frank Gunn - The Canadian Press via AP/ Keystone
Toronto abandonne son projet de ville intelligente / Le 12h30 / 2 min. / le 25 mai 2020

L'écologie au centre

La ville se veut verte. Les ordinateurs évitent le gaspillage d'énergie. La géothermie, le solaire et la récupération de chaleur sont au centre du projet. Les immeubles sont construits en bois massif. Google promettait un quartier qui réduit les gaz à effet de serre de 89%.

Pourquoi le projet a-t-il été abandonné? Officiellement, Google met la faute sur le Covid-19. "Une incertitude économique sans précédent s'est installée partout dans le monde et dans le marché immobilier de Toronto: il est devenu trop difficile de rendre le projet de 12 acres (5 hectares) viable financièrement sans sacrifier des éléments essentiels du plan", a expliqué Dan Doctoroff, PDG de la filiale Google, Sidewalk Labs, dans un communiqué.

Mais c'est oublier les polémiques à répétition autour du projet. Installation massive de caméras et de capteurs, des profils numériques personnels ou encore un manque de transparence. Petit à petit, le flou autour de l'utilisation des données s'est transformé en suspicion. Des associations d'habitants estimaient que Google les espionnait pour vendre leurs données. La confiance avec la population était rompue.

Nouvel Eldorado

À la suite de la décision de Google, plusieurs universitaires ont signé une tribune dans les Echos. "L'abandon du projet Quayside à Toronto est un échec qui doit être compris comme une alerte. On a négligé de définir les règles du jeu, l'éthique de cette modernité." L'idée est que dans la construction de la ville de demain, la définition de l'intérêt général ne doit pas être confié à une multinationale mais rester entre les mains de ses habitants.

Le revers de Google n'est qu'une étape. Les ressources économiques que les entreprises espèrent tirer des données d'une ville ressemble à un nouvel Eldorado. Les projets fleurissent partout dans le monde. Intel développe un quartier à San José, IBM s'est installé à Madrid et la Chine a lancé plus de 500 projets dans tout le pays. Google n'abandonne pas le secteur. "Bien que nous n'allons pas poursuivre ce projet spécifique, l'urgence sanitaire actuelle nous fait sentir de façon encore plus forte l'importance de réinventer les villes pour l'avenir", affirme Dan Doctoroff.

Sidewalk Labs avait proposé de déployer un certain nombre d'innovations y compris des feux tricolores qui s'adaptent en temps réel en fonction du trafic, des espaces publics modulables, des pistes cyclables chauffées en hiver ou des robots souterrains assurant la distribution des colis et la gestion des déchets. [Sidewalk Labs ]Sidewalk Labs avait proposé de déployer un certain nombre d'innovations y compris des feux tricolores qui s'adaptent en temps réel en fonction du trafic, des espaces publics modulables, des pistes cyclables chauffées en hiver ou des robots souterrains assurant la distribution des colis et la gestion des déchets. [Sidewalk Labs ]

Pascal Wassmer

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