Modifié le 18 août 2019 à 14:10

Un fongicide bientôt interdit en Suisse mais déjà présent dans l'eau potable

Le chlorothalonil: bientôt interdit mais déjà présent dans notre eau potable.
Le chlorothalonil: bientôt interdit mais déjà présent dans notre eau potable On en parle / 12 min. / le 16 août 2019
Le chlorothalonil va en principe être banni suite à une nouvelle évaluation des risques. Cette substance – active dans les produits phytosanitaires en tant que fongicide – est destinée à combattre les champignons dans les cultures de pommes de terre, céréales, légumes, la vigne et les plantes d'ornement.

Le chlorothalonil est utilisé en Suisse depuis les années 1970. Il est notamment produit par le géant suisse Syngenta: quarante-cinq tonnes de ce pesticide ont été répandues en 2017 dans le pays. Il va prochainement être interdit – vraisemblablement en automne – en raison de sa dangerosité potentielle.

L'autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA – European Food Safety Authority) a constaté que les résidus du chlorothalonil "pourraient présenter un danger" pour la santé: les autorités suisses arrivent à la même conclusion, à mots cachés: "Un risque pour la santé ne peut être exclu, mais la preuve de ce danger ne peut être apportée de manière définitive. Il est par conséquent important de prévenir une contamination de l'eau potable".

Une nouvelle directive fédérale est entrée en vigueur le 8 août: elle demande aux cantons de signaler tout dépassement de la valeur maximale de 0,1 µg/l (microgrammes par litre) de chlorothalonil dans l'eau potable. Et d'exiger des mesures immédiates des distributeurs d'eau pour corriger la situation.

Dépassements en Suisse romande

En juin, le cas de la commune fribourgeoise de Domdidier, près d'Avenches, a été médiatisé, car elle a dû couper l'eau potable suite à des valeurs six fois supérieures à la norme.

Rien à signaler du côté de Genève, Neuchâtel, du Jura et du Valais, selon leurs services à la consommation respectifs. Le canton de Berne admet des excès de cette substance, mais sans en dire plus.

En revanche, dans le canton de Vaud, quatorze cas de dépassement ont été annoncés à l'équipe d'On en parle, mais sans révéler où ils se trouvaient. Le service indique être en contact avec les distributeurs d'eau pour réduire aussi vite que possible cette teneur excessive en résidus de chlorothalonil; il ajoute que la population vaudoise n'est pas en danger et qu'elle n'a pas été informée par le canton.

Quatorze cas, cela peut paraître beaucoup, mais Claude Ramseier, chimiste cantonal du canton de Fribourg tempère: "En pourcentage (ndlr: 5%) du nombre de prélèvements effectués dans le canton de Vaud et au vu du nombre de personnes alimentées, c'est plutôt faible. Mais ça ne veut pas dire qu'on ne doit pas prendre des mesures de correction". Il précise qu'il est toutefois toujours possible de boire l'eau indiquée comme potable.

Le cas de Domdidier

A part Domdidier, Claude Ramseier, assure qu'aucune autre commune du canton ne connaît pour l'instant de dépassement de la valeur maximale dans l'eau potable, sur les onze distributions d'eau qui ont été analysées par ses services.

Pourquoi Domdidier? "C'est une région très agricole", explique le spécialiste: "et elle présentait des caractéristiques de production végétale et d'utilisation de ce produit". La commune a réagi immédiatement: "Le changement de source d'approvisionnement s'est fait le jour-même et l'information a ensuite été donnée au public".

Selon la probabilité d'une utilisation du chlorothalonil sur un territoire donné, les distributeurs d'eau vont procéder à des analyses pour rechercher les métabolites – les produits de dégradation du chlorothalonil qui peuvent contaminer les eaux souterraines: "Les régions où nous avons plutôt de l'élevage – typiquement la Gruyère – ne contenait pas de résidus de pesticides mesurables", remarque le chimiste, "alors que dans d'autres régions plus maraîchères, viticoles ou comportant de l'agriculture, on a des résidus: mais dans les normes légales".

D'autres produits phytosanitaires interdits

L'Union européenne a déjà interdit le chlorothalonil. Selon le Matin dimanche du 16 juin dernier, douze autres produits phytosanitaires sont interdits dans l'UE mais pas en Suisse: "D'après mes informations en provenance de l'Office fédéral de l'agriculture, cette interdiction ne sera effective qu'en mai 2020 et les pays de l'Union européenne vont mettre en œuvre cette directive de manière très diverse: certains immédiatement, d'autres d'ici quelques années et puis d'autres pas du tout", annonce Claude Ramseier.

>> Lire: Douze pesticides jugés dangereux interdits en Suisse

"En Suisse, il est prévu d'interdire en 2019 déjà un certain nombre de substances phytosanitaires, mais les fabricants de produits chimiques, comme Syngenta, par exemple, peuvent faire recours. Ça, c'est effectivement un problème: on s'achemine vers, peut-être, des batailles juridiques qui empêcheront une interdiction rapide".

>> Ecouter: La Confédération examine le retrait du fongicide controversé chlorothalonil: interview de Jacques Bourgeois, conseiller national PLR fribourgeois et directeur de l'Union Suisse des paysans

Jacques Bourgeois, directeur de l'Union suisse des paysans.
Alexandra Wey - Keystone
Forum - Publié le 29 juillet 2019
 

En recherche de traitement adéquat

Actuellement, il n'existe pas de traitement adéquat: impossible de filtrer son eau, par exemple: "Mais nous cherchons des solutions. Comme certains pesticides sont retenus par le charbon actif – utilisé notamment dans de nombreuses distributions d'eau potable pour, justement, retenir ce genre de produits – peut-être que, dans un proche avenir, on aura également une solution pour le traitement de l'eau qui empêchera des contaminations au chlorothalonil", conclut Claude Ramseier.

Deux initiatives vont prochainement arriver devant le peuple: "Pour une eau potable propre" et "Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse"... des textes qui promettent de chauds débats.

Sujet radio: Isabelle Fiaux et Bastien von Wyss

Adaptation web: Stéphanie Jaquet

Publié le 18 août 2019 à 13:04 - Modifié le 18 août 2019 à 14:10

Un produit utilisé depuis longtemps

Comment se fait-il qu'on ne se préoccupe que maintenant du chlorothalonil, alors qu'il est utilisé depuis les années 1970? Claude Ramseier répond qu'il n'a été recherché que depuis une année: "Les premières investigations romandes ont été effectuées par le canton de Vaud. Au vu de ces résultats positifs, nous avons également procédé à des analyses pour ces résidus".

Certes, ce produit est utilisé depuis longtemps, mais "d'après les connaissances scientifiques, on a découvert récemment que ce produit n'est pas au-dessus de tout soupçon et, par conséquent, qu'il est important d'en limiter la concentration dans l'eau potable".