Modifié le 30 avril 2019 à 08:25

132 pays au chevet de la biodiversité pour enrayer l'extinction des espèces

Les experts de la biodiversité sont réunis à Paris pour évaluer le péril sur les espèces
Les experts de la biodiversité sont réunis à Paris pour évaluer le péril sur les espèces 19h30 / 2 min. / le 29 avril 2019
Des scientifiques et représentants de 132 pays se sont réunis lundi à Paris pour un sommet historique sur la biodiversité. Ils vont négocier durant une semaine un rapport destiné à enrayer l'effondrement des espèces, dont l'Homme.

Le message lancé lundi à l'ouverture d'une réunion mondiale sur la biodiversité est clair: la destruction de la nature menace l'Homme "au moins autant" que le changement climatique. Elle mérite donc autant d'attention pour éviter des impacts dévastateurs, a déclaré Robert Watson, président de Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

L'IPBES, créée en 2012, a publié l'an dernier des rapports régionaux déjà alarmants. Mais le rapport de 1800 pages sur lequel travaillent 150 experts depuis trois ans devrait devenir la véritable référence scientifique en matière de biodiversité, comme le sont ceux du Giec pour le climat.

Le rapport sera présenté lundi prochain. Mais les premiers éléments qui ont déjà été ébruités dressent un sombre inventaire de la nature, pourtant vitale pour l'humanité.

Un million d'espèces menacées

Insectes pollinisateurs, forêts et océans absorbant le CO2... La nature rend des services inestimables. Mais "le patrimoine environnemental mondial (...) est en train d'être altéré à un niveau sans précédent", met en garde le projet de synthèse du rapport, qui sera discuté, amendé et adopté ligne par ligne par les délégués avant sa publication le 6 mai.

Sur les 8 millions d'espèces estimées sur la planète, 1 million sont aujourd'hui menacées d'extinction, sous pression de l'agriculture, de la pêche, de la chasse, ou encore du changement climatique. Mais "une accélération rapide imminente du taux d'extinction des espèces" est attendue par les scientifiques, selon le projet de rapport.

José Romero, OFEV

Oui, l'urgence est grande. Comme pour le climat.

José Romero, responsable de la délégation suisse.

Le début de la 6ème extinction de masse

Des projections en accord avec ce que décrivent depuis des années certains scientifiques: le début de la 6ème "extinction de masse", la première depuis l'arrivée des hommes sur la planète.

"Oui, l'urgence est grande. Comme pour le climat. D'ailleurs, le climat est aussi un des facteurs qui influencent la biodiversité. S'il fait plus chaud, s'il y a moins d'eau, les écosystèmes se dégradent et les espèces en souffrent. Elles migrent ou disparaissent", affirme à la RTS José Romero, responsable de la délégation suisse, de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV).

Climat et nature, mêmes menaces, mêmes combats

Jusqu'ici le réchauffement climatique s'est accaparé la plus grande attention, mais les spécialistes de la nature ont l'ambition d'une évaluation, la première du genre, qui permette un consensus politique.

Le texte de l'IPBES fait d'ailleurs clairement le lien entre les deux menaces majeures que sont le réchauffement et les atteintes à la nature. Il identifie certaines causes similaires, en particulier les pratiques agricoles et la déforestation, responsables d'environ un quart des émissions de CO2 mais aussi de graves dommages directs aux écosystèmes.

Paul leadley

Il ne faut pas seulement modifier la production agricole, il faut aussi modifier notre consommation.

Paul Leadley, professeur en écologie à l'Université Paris Sud, co-auteur du rapport.

Grosses réformes à mettre en place

Le défi est grand sur une planète de plus en plus peuplée dont les habitants consomment de plus en plus. "Il ne faut pas seulement modifier la production agricole, il faut aussi modifier notre consommation. Par exemple, un régime alimentaire bien équilibré est bon pour notre santé et aussi bon pour la planète", a expliqué Paul Leadley, professeur en écologie à l'Université Paris Sud et l'un des auteurs du rapport.

"Nous insistons sur le fait que la nature est cruciale pour la production alimentaire, pour l'eau pure, pour les médicaments et même la cohésion sociale", insiste Robert Watson, le patron de l'IPBES.

Mais vu l'ampleur des réformes à mettre en place, qui impliquent une véritable transformation de nos modes de vie, les résistances risquent d'être encore plus fortes que pour la lutte contre le changement climatique.

>> Ecouter l'interview du chercheur Raphaël Arlettaz, qui a participé à l'élaboration d'un rapport sur l'état alarmant des écosystèmes, dans Forum:

Raphaël Arlettaz, biologiste "C'est surtout la victoire de l'évidence scientifique face au sens commun."
RTS
Forum - Publié le 29 avril 2019

Anne Fournier, Feriel Mestiri avec agences

Publié le 29 avril 2019 à 21:07 - Modifié le 30 avril 2019 à 08:25

90% des organismes qui ont vécu sur Terre ont disparu

Si le mot "biodiversité" semble parfois bien abstrait, il concerne toutes les espèces animales ou végétales vivant sur la planète, y compris celle qui se met elle-même en danger en détruisant la nature: l'Homme.

De nombreux scientifiques estiment que la Terre est au début d'une nouvelle "extinction de masse", marquée par la disparition d'espèces à un rythme alarmant, principalement à cause de l'activité humaine.

Mais ce n'est pas la première fois: depuis 500 millions d'années, la planète a vécu cinq précédents épisodes au cours desquels au moins la moitié des créatures vivantes ont été éradiquées en un clin d'oeil au regard de l'histoire géologique. Au total, plus de 90% des organismes qui ont un jour marché, nagé, volé ou rampé ont aujourd'hui disparu.