Modifié le 27 février 2019 à 21:17

"Il faut former plus d’ingénieurs pour contrer les cyberattaques"

Eugene Kaspersky à Fribourg.
Eugene Kaspersky à Fribourg. [Anthony Anex - Keystone]
Eugène Kaspersky, le "tsar des antivirus", était à Forum Fribourg mercredi pour les premiers "swisscybersecurity days". Il appelle à une prise de conscience pour renforcer la cybersécurité des infrastructures.

Il est 13h45, quand arrive l'homme que tous les visiteurs attendent, Eugène Kaspersky. Même s'il n'arbore plus sa longue crinière, le natif de Novorossiisk, 53 ans, reste une rockstar et, comme il se doit, débute sa conférence par une petite référence au lieu: "J'étais hier en ville de Fribourg et j'ai vu beaucoup de jeunes. Formez-les à la cybersécurité!". Dans sa communication très calibrée, c'est le message qu'il veut faire passer, perdu au centre de l'immense scène de Forum Fribourg.

Il faut plus d'ingénieurs pour relever les défis de demain. "En voulant connecter notre monde réel à internet, nous avons ouvert la boîte de Pandore! Avant, un pirate volait des données dans des entreprise, aujourd'hui il peut tuer des gens. Car avec l'avènement de l'industrie 4.0 (la production réelle est connectée au monde virtuel), il peut agir sur les réseaux d'énergie, les transports,...". Pour protéger ces réseaux, il va falloir plus d'ingénieurs compétents "et penser les choses différemment, cloisonner les réseaux".   

Principalement de Chine ou de Russie

La cybersécurité, il en connaît un rayon. Eugène Kaspersky est le cofondateur des antivirus Kaspersky Lab. L'entreprise russe annonce actuellement 400 millions d'utilisateurs dans le monde. "Quand j'ai débuté, je collectionnais les virus. En 1998, il y avait environ 50 virus qui sortaient chaque jour. Aujourd'hui, on en compte environ 380'000. Mais il y a des variations. Par exemple, il y a moins de virus pendant la Coupe du monde de foot ou lors des fêtes chinoises."

Pourquoi cette référence à la Chine? "99,9% des virus sont inoffensifs si vous avez une protection basique. Mais j'estime qu'il y a actuellement une centaine d'équipes de super pros qui nous donnent du fil à retordre. Et ils parlent principalement chinois et russe." Ces hackers du côté obscure sont des cybercriminels qui rançonnent leurs victime, mais peuvent également faire de l'espionnage pour le compte d'un État.

Centre de données en Suisse

Désormais les gouvernements regardent de plus près où partent leurs données et qui les collecte. Dernier exemple en date, Donald Trump ne veut pas du géant chinois Huawei pour s'occuper du réseau de téléphonie mobile 5G aux Etats-Unis. Et Kaspersky l'a bien compris.

Soupçonné par les Etats-Unis d'être une taupe au service du Kremlin, le groupe russe a annoncé l'arrivée d'un centre de données en Suisse. Pourquoi? C'est un pays neutre et la législation rend difficile l'accès aux données. Car sur internet, comme ailleurs, tout est une question de confiance.

Pascal Wassmer

Publié le 27 février 2019 à 20:37 - Modifié le 27 février 2019 à 21:17

Première édition des "Swiss Cyber Security Days"

La première édition des "Swiss Cyber Security Days" s'est ouverte mercredi à Granges-Paccot (FR). Des experts de renommée nationale et internationale dans le domaine de la sécurité informatique échangeront jusqu'à jeudi leurs expériences et solutions pratiques.

L'événement, qui se présente comme une première sur le plan suisse, se déroule à Forum Fribourg. Les experts participent lors de ces deux journées à des conférences, des tables rondes et des débats contradictoires, ont indiqué les organisateurs dans un communiqué. Plus de 1000 visiteurs étaient présents mercredi. Entre 1800 et 2000 personnes sont attendues durant les deux jours.