Modifié le 26 janvier 2019 à 11:49

La violence est-elle codée dans notre ADN? La science répond: oui, en partie

La chronique des sciences - La génétique de la violence
La chronique des sciences - La génétique de la violence La chronique des sciences / 3 min. / le 24 janvier 2019
Alors que la violence et l'agressivité font régulièrement des victimes et défraient la chronique, des scientifiques s'attachent à savoir si ces comportements destructeurs ont des racines génétiques.

Fait divers sanglant dans un parking à Genève, heurts dans des manifestations au Venezuela, dérapages des gilets jaunes ou accusations de répressions policières: la violence est omniprésente dans l'actualité. Mais d'où vient l'agressivité? Le violence a-t-elle des racines dans le code génétique même de l'humain ou des animaux?

La science s'est attaquée - en toute non-violence - à cette question, pour tenter d'établir si l'agressivité est inscrite dans notre ADN. La question est de savoir s’il existe un ou plusieurs gènes responsables d’un comportement agressif, un gène qui serait porté par certains et absents chez d’autres individus. A l'instar du gène des yeux bleus, par exemple.

Longtemps un tabou

De fait, la question génétique de la violence est longtemps restée un tabou dans la communauté scientifique. "Les politiciens et les experts en science politique étaient probablement inquiets que ce type d'études puissent être utilisées d’une manière dangereuse", explique Carmen Sandi, professeure au laboratoire de génétique comportementale à l’EPFL. Identifier un ou des gènes responsables de la violence aurait en effet pu conduire à une forme de déterminisme.

"Ce pan de recherche a ainsi pris du retard, en comparaison avec d’autres recherches en neurosciences, comme celles sur la mémoire. Et ça a été difficile d'infléchir cette tendance", note la scientifque.

Plusieurs gènes impliqués

La piste génétique a néanmoins commencé à être explorée il y a quelques années, avec la découverte d'un gène appelé Mao-A (pour monamine oxydase A). "Des mutations anormales dans ce gène - qui le rendent complètement inactif - sont liées à un comportement agressif. Cela a été identifié dans une famille hollandaise connue pour être particulièrement agressive, et également chez les souris qui avaient ce gène désactivé", détaille Carmen Sandi.

Les recherches ont par ailleurs montré qu'il n’y avait pas qu'un seul, mais plusieurs gènes impliqués dans l’agressivité. Le laboratoire de Carment Sandi en a en effet identifié un autre.

Rôle dans le développement du cerveau

Ce gène rend certaines protéines plus ou moins adhésives dans le cerveau, une caractéristique importante pour la formation des circuits neuronaux, les protéines plus 'collantes' n'étant pas bonnes pour le cerveau. Cette molécule est donc impliquée dans la plasticité cérébrale et dans les processus de développement neuronal, qui induiront les propriétés fonctionnelles du cerveau.

Normalement, l’agressivité est une réponse à un danger. Or, les expériences menées par Carmen Sandi sur des souris dont le gène ne fonctionne pas montrent qu’elles sont moins anxieuses et ont clairement moins peur.

Pas complètement irréversible

Ces dommages sur le cerveau ne sont toutefois plus considérés comme irréversibles. "Un mauvais câblage du cerveau durant son développement est plus difficile à recâbler complètement", admet Carmen Sandi. "Mais nous avons pu donner un traitement pour améliorer les fonctions qui ne marchent plus dans le cerveau de nos souris, et ainsi restaurer un comportement normal chez ces animaux agressifs. Mais pas sur le long terme."

Les chercheurs ont même essayé de recâbler complètement le cerveau des souris, une procédure qui, appliquée assez tôt dans leur vie, porte ses fruits, affirme Carmen Sandi.

Ce câblage cérébral lié à l’agressivité donne encore du fil à retordre aux scientifiques. Mais s’il a longtemps été un tabou, ce sujet est aujourd'hui particulièrement en vogue.

Huma Khamis/kkub

Publié le 26 janvier 2019 à 09:50 - Modifié le 26 janvier 2019 à 11:49