Modifié le 27 janvier 2017 à 19:00

La faillite de la start-up S3 laisse un trou de plus de 20 millions de francs

Pascal Jaussi (ici, en septembre 2013).
Swiss Space Systems: la faillite coûteuse d’une start-up qui n’aura jamais décollé Le Journal du matin / 6 min. / le 27 janvier 2017
Selon une enquête de la RTS, les tentatives de sauvetage de S3 n’ont fait qu’empirer la situation. Tout reposait sur un investisseur iranien pourtant reconnu comme peu fiable dès le départ. Les pouvoirs publics l’ont ignoré.

La faillite de Swiss Space Sytems Holding SA (S3) laisse une ardoise qui dépasse les 7 millions de francs de poursuites constatés devant la justice vaudoise. Selon différents témoignages et des documents exclusifs que la RTS a pu consulter, le trou dépasse les 20 millions de francs.

Aux 7 millions de poursuite, il faut ajouter un emprunt bancaire initial de 10 millions, cautionné par Axa Winterthur. Des privés ont également prêté plus de 3 millions de francs.

Un investisseur iranien considéré comme peu fiable

Ces prêts conséquents pour une start-up lancée en 2013 n’ont pas suffi. Il aurait fallu un vrai investisseur. Le géant français Dassault a fait une approche, mais a renoncé, au début de 2015. Les dettes se sont accumulées dans les antennes ouvertes aux quatre coins du monde. Et la cinquantaine d’employés basés à Payerne n'a plus été payée dès 2015.

C’est dans ce contexte que se succèdent les tentatives de sauvetage de la start-up visant le lancement de satellites low-cost et la commercialisation de vols zéro gravité. Selon notre enquête, les pouvoirs publics sont intervenus sans avoir connaissance de toutes les informations.

Autorités mal informées

A commencer par cet élément capital: le nouvel investisseur potentiel trouvé par S3 est considéré comme peu fiable par celui-là-même qui l’a présenté au patron de S3 Pascal Jaussi. Il s’agit de l’entrepreneur vaudois Philippe Petitpierre. Ce dernier reconnaît avoir présenté à S3 un homme d’affaires d’origine iranienne, basé à Dubaï. Philippe Petitpierre dit s’être très vite méfié de l’investisseur iranien. Incapable d’honorer ses engagements, selon lui, dans une autre affaire, celle de la reprise de Tamoil. "J’ai recommandé à S3 de ne pas faire affaire avec lui", insiste le notable vaudois.

La tentative de sauvetage va pourtant s’engager avec cet homme d’affaires de Dubaï. Et, sans que les autorités vaudoises ne soient averties de son manque de fiabilité, elles vont accorder des fonds publics qui doivent soi-disant faire le joint avec l’arrivée des fonds de l’Iranien.

Pour rappel, la commune de Payerne a restitué 1,1 million à S3 en mai 2015, somme qui était bloquée chez un notaire pour cautionner l’achat d’un terrain à côté de l’aéroport. Et le Conseil d’Etat a accordé en août 2015 un prêt d’urgence à S3 d’un demi-million, sorti du fonds de lutte contre le chômage.

Philippe Leuba avoue son ignorance

Homme de réseaux et proche des conseillers d’Etat PLR vaudois Pascal Broulis et Philippe Leuba, Philippe Petitpierre les sollicite pour aider S3. Il dément avoir joué le rôle d’intermédiaire. Mais selon nos informations, c’est bien sur ses recommandations que le ministre de l’Economie Philippe Leuba monte la demande de prêt.

Problème: le risque représenté par l’investisseur basé à Dubaï n’est pas discuté. Philippe Leuba a fait savoir à la RTS que l’identité de l’investisseur de Dubaï lui était inconnue au moment d’engager de l’argent public dans S3.

Ce manque de transparence et de précaution dans la tentative de sauvetage sera fatale. L’argent de l’homme d’affaires iranien sera attendu en vain depuis le printemps 2015. Et la faillite de S3 est entrée en force le 17 janvier dernier. Cette semaine, la justice fribourgeoise a inculpé l’homme d’affaire de Dubaï pour faux dans les titres aux côtés de Pascal Jaussi.

Ni le patron de S3, ni l’homme d’affaire n’ont répondu à nos questions. Egalement accusé d’avoir mis en scène son agression de l’été dernier, Pascal Jaussi conteste les faits qui lui sont reprochés.

>> Ecouter aussi le sujet de l'émission Forum sur les révélations dans le volet financier:

Pascal Jaussi, fondateur et CEO de la société Swiss Space Systems.
Sandro Campardo - Keystone
Forum - Publié le 24 janvier 2017

Ludovic Rocchi et Michael Peuker

Publié le 27 janvier 2017 à 11:13 - Modifié le 27 janvier 2017 à 19:00

Des garanties bancaires suspectes

Donné comme le sauveur potentiel de S3, l’investisseur iranien basé à Dubaï a passé plusieurs contrats avec S3. Le premier date du 4 juin 2015. Il doit entrer dans le capital de S3 pour 12 millions de francs payable en trois tranches. L’Iranien présente des garanties bancaires qui varient bizarrement de quelques millions à un milliard de francs. Les banques suisses n’en veulent pas.

Exit le premier contrat. Le patron de S3 Pascal Jaussi signe un contrat de travail avec l’Iranien et lui obtient un permis B en avril 2016. A la même date, ils signent un nouvel accord capitalistique basé sur une garantie bancaire de 30 millions de dollars. Ce dernier document est considéré comme un faux par le Ministère public fribourgeois en charge du volet pénal de l’affaire.

Le parquet vaudois devrait prochainement prendre le relais pour approfondir les investigations financières.