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L’Etat de Vaud et la Municipalité de Lausanne financent un livre sur l’évacuation de la ZAD

La ZAD de la colline du Mormont, Village des orchidées (2021). [Jean-Christophe Bott - Keystone]
ZAD du Mormont: livre de photos sur l’évacuation soutenu par l’Etat de Vaud et la Municipalité de Lausanne / Forum / 3 min. / le 17 août 2021
Un ouvrage photographique qui retrace l’évacuation des zadistes de la colline du Mormont se retrouve malgré lui au centre d'une polémique. Plusieurs élus s'étonnent que ce livre bénéficie du soutien de la Municipalité de Lausanne et de l’Etat de Vaud. Ce dernier avait justement ordonné cette expulsion, en mars.

La controverse est née d'une publication sur Facebook de la ZAD de la Colline. Un compte manifestement géré par tout ou partie des personnes qui avaient occupé, entre octobre et mars, la colline du Mormont, sur les hauteurs d'Eclépens, avant d'en être extirpées par la police vaudoise.

Cette publication fait la publicité du vernissage à venir d'un livre de photographies sur cette évacuation. Elle est accompagnée d'un grand "MERCI" avec un cœur, mais aussi – et surtout – des deux logos de l'Etat de Vaud et de la Municipalité de Lausanne: preuve d'un soutien de ces deux autorités à l'ouvrage.

Il n'en fallait pas plus pour susciter la polémique: le conseiller national et vice-président du PLR suisse, Philippe Nantermod, a été le premier à dégainer. Sur Twitter, il rit jaune: "C'est tellement loufoque, écrit-il, que ça en devient drôle".

Le Valaisan est vite rejoint par le chef de groupe PLR au Conseil communal lausannois.

Matthieu Carrel se demande ouvertement ce que le logo de la commune vient faire là: "L'argent public, déplore-t-il, sert vraiment à n'importe quoi!!"

Contacté par la RTS, ce dernier estime "scandaleux" qu'un "comportement illicite", comme celui des zadistes, "soit soutenu, même indirectement, par la Municipalité". Il compte interpeller l’Exécutif communal.

Quant à l'Etat de Vaud, c'est une certaine schizophrénie qui peut lui être reproché: il soutient un livre sur une évacuation qu'il a lui-même ordonnée.

Les autorités assument

De leur côté, les autorités vaudoises confirment un appui financier à cet ouvrage du jeune photographe lausannois Léonard Rossi. L'Etat de Vaud et la Municipalité de Lausanne ont chacun donné 2000 francs à l'artiste. En revanche, elles contestent toute polémique.

Au niveau cantonal, c'est la Commission des activités culturelles, du département de Cesla Amarelle, qui a décidé de soutenir le travail du photographe: elle l'a fait dans le cadre d'un projet d'ouvrage à petit tirage, selon les explications données à la RTS.

Le travail de Léonard Rossi a été jugé de qualité, de même que son projet documentaire. Avant de souligner que "subventionner un artiste qui s'intéresse à un phénomène de société, ce n'est évidemment pas cautionner ce fait de société, ce que ne fait d'ailleurs pas l'artiste dans son ouvrage".

A la Municipalité de Lausanne, c'est la Commission des arts visuels de la commune qui a donné un préavis favorable, en tant que projet artistique et non politique, précisent les services du syndic de Lausanne, Grégoire Junod.

Des critères objectifs ont été suivis pour déterminer du soutien ou non du projet, assurent-ils. L'évacuation de la ZAD étant terminée, la commission a estimé qu'il n'y avait pas de raison particulière de renoncer à ce soutien financier.

>> Lire: L'évacuation de la ZAD du Mormont était proportionnée, selon le Conseil d'Etat

Une image du livre de photographies "Demain L'Aube".  [Léonard Rossi]Une image du livre de photographies "Demain L'Aube". [Léonard Rossi]

Un photographe indépendant

Le photographe se retrouve malgré lui au cœur de cette affaire: il ne s'attendait pas à une telle controverse. Léonard Rossi dit à la RTS avoir travaillé sur cet ouvrage de manière indépendante. Il précise ne pas être lui-même un zadiste, mais évoque un intérêt pour les thèmes abordés par ces personnes.

Fin mars, il s'est rendu seul sur la colline du Mormont pour photographier l'évacuation. Et c'est en postant ses clichés sur les réseaux sociaux qu'un éditeur l'a contacté. A partir de là, Léonard Rossi a fait une demande usuelle d'argent public auprès des autorités vaudoises et lausannoises. Il a donc obtenu ces 4000 francs: une somme qui a permis la sortie du livre, prévue le 26 août.

Raphaël Leroy/sjaq

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