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Des passionnés redonnent vie à une chaloupe en bois du XIXème siècle

Jean Philippe Mayerat et son apprentie Camille ajustent le bordage de la chaloupe [Michel Pernet - DR]
Ici la Suisse – Chaloupe à vapeur au chantier naval de Rolle / La Matinale / 5 min. / le 25 janvier 2021
A Rolle, le charpentier de marine Jean-Philippe Mayerat et son équipe se sont lancés dans la construction à l'identique d'une chaloupe à vapeur de la fin du XIXème siècle, un projet unique en Suisse.

L'atelier de Jean-Philippe Mayerat, surnommé Mayu, situé à Rolle, nous plonge immédiatement dans un autre temps. Aux outils du siècle passé, s'ajoute cette agréable odeur de bois et de vernis et peut-être aussi de transpiration, avoue Mayu.

Car il en faut de la sueur pour venir à bout de ce chantier. "J'en ai passé des nuits blanches", raconte le charpentier, "il a fallu dénicher des archives, c'était compliqué parce que les registres de la navigation de cette époque n'ont pas été conservés malheureusement, on a retrouvé des photos de 1920 dans le port de Morges mais c'est un bateau qui date plutôt de 1890, puis il a fallu dessiner les plans, c'est un bateau à la forme bien spécifique dont on n'a pas l'habitude."

Un projet né du "Corsaire" offert à MayuLe dessin d'archive de 1920 du "Corsaire" dans le port de Morges,  la chaloupe à vapeur  dont Jean Philippe Mayerat s'est inspiré [Archives - DR]Le dessin d'archive de 1920 du "Corsaire" dans le port de Morges, la chaloupe à vapeur dont Jean Philippe Mayerat s'est inspiré [Archives - DR]

L'aventure débute en 2018, lorsque le propriétaire d'une épave, "le Corsaire", s'adresse à Jean-Philippe Mayerat pour la remettre en état. Le bateau n'est plus réparable, mais l'expert charpentier voit immédiatement son importance patrimoniale: "par sa forme très particulière, c'est un bateau emblématique d'une époque, entre la fin de la vapeur et le début des moteurs à explosion. Lorsqu'on a su faire des moteurs rapides avec des coques rapides, ce type d'embarcation est tombé aux oubliettes".

Alors Mayu n'a qu'une idée en tête, reconstruire ce bateau de A à Z. Première étape: trouver du bois. Jean-Philippe, accompagné d'un garde forestier, arpente les forêts cantonales vaudoises et trouve deux grands mélèzes qu'il fait abattre et scier. Le bois devra sécher durant deux ans avant que la construction ne puisse débuter.

L'association "Chaloupe à Vapeur"

C'est l'automne passé que les premiers coups de marteau ont été donnés. Jean-Philippe peut compter sur sa petite équipe de passionnés, Olivier, son ouvrier, Tony 17 ans et Camille 26 ans, ses deux apprentis charpentiers.

Je suis très fier de faire ce bateau en bois, surtout à une époque où tout va très vite, où on cherche la performance et où on oublie de prendre son temps

Tony apprenti charpentier de marine, il travaille sur la chaloupe à vapeur [Katia Bitsch - Katia Bitsch]
Tony, 17 ans, apprenti charpentier de marine

Une association a également été créée pour récolter des fonds, dénicher des savoirs-faire dans les domaines de la mécanique et fédérer le plus grand nombre autour de ce projet. L'association "Chaloupe à Vapeur", qui compte déjà une centaine de membres, sera à terme chargée de faire naviguer la chaloupe lors des rencontres du patrimoine nautique ou d'autres événements.

Mais en attendant la mise à l'eau, il y a encore beaucoup de pain sur les planches. La coque est terminée, le bateau commence à prendre forme. "On a fait déjà environ un tiers du travail, au total on estime qu'il nous faudra à peu près 2000 heures et un budget de 220'000 francs pour mener à bien ce projet", précise Jean-Philippe.

"C'est un peu un projet de pré-retraite, j'ai 65 ans alors je voulais faire quelque chose de marquant avant de transmettre le flambeau, je voulais aussi permettre à mes apprentis d'apprendre leur métier en construisant un bateau, ce que l'on a malheureusement plus l'occasion de faire tous les jours."

Jean-Philippe déposera la scie et le marteau dans deux ans, ce sera également la fin de l'aventure du chantier naval éponyme, l'atelier sera démoli pour y construire des habitations. Mayu espère en tout cas que d'autres jeunes deviendront comme il se définit lui-même "les éclaireurs d'un combat d'arrière garde" pour la sauvegarde du patrimoine nautique.

>> Cliquez ci-dessous pour découvrir les différentes étapes de construction :

Katia Bitsch

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