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Ouverture du procès en appel des douze militants du climat

Des activistes pour le climat manifestent devant le tribunal avec le mouvement les Grands-parents pour le climat a l'ouverture du procès de la Cour d'appel pénale du Tribunal cantonal vaudois dans l'affaire des douze activistes du collectif Lausanne Action Climat, le 22 septembre 2020. [Laurent Gillieron - Keystone]
Des activistes pour le climat manifestent devant le tribunal avec le mouvement les Grands-parents pour le climat a l'ouverture du procès de la Cour d'appel pénale du Tribunal cantonal vaudois dans l'affaire des douze activistes du collectif Lausanne Action Climat, le 22 septembre 2020. [Laurent Gillieron - Keystone]
Les militants du climat acquittés en janvier par la justice lausannoise se sont retrouvés mardi matin devant la Cour d'appel à Renens (VD). Ils ont maintenu que leur action de désobéissance civile était, selon eux, la plus adéquate pour alerter l'opinion publique.

Cette action a consisté en une occupation de la succursale de Credit Suisse à Lausanne en novembre 2018. Déguisés en Roger Federer, l'ambassadeur de la banque, ils avaient singé une partie de tennis pour dénoncer les investissements du géant bancaire dans les énergies fossiles.

Des étudiants manifestent balle de tennis à la main, en référence au partenariat de Credit Suisse avec Roger Federer, contre les investissements de la banque dans des méthodes d'extraction du pétrole non-conventionnelles. Lausanne, le 24 mai 2019. [Jean-Christophe Bott - Keystone]Des étudiants manifestent balle de tennis à la main, en référence au partenariat de Credit Suisse avec Roger Federer, contre les investissements de la banque dans des méthodes d'extraction du pétrole non-conventionnelles. Lausanne, le 24 mai 2019. [Jean-Christophe Bott - Keystone]"Notre objectif était d'attirer l'attention du public sur les investissements destructeurs du Credit Suisse", a expliqué l'une des prévenues. Elle a ajouté que les militants de Lausanne Action Climat avaient refusé de quitter les lieux et d'obtempérer à la police pour donner plus d'impact médiatique à leur opération.

Peur du futur

Interrogée sur le bien-fondé d'une telle action, une autre prévenue a affirmé qu'elle avait "épuisé tous les moyens légaux" avant de s'en remettre à la désobéissance civile. Quant à l'engagement politique, tous les accusés ont affirmé que cette voie était trop lente et inefficace pour lutter contre l'urgence climatique.

Les onze jeunes – le douzième accusé était absent mardi pour cause de quarantaine liée au Covid-19 – ont aussi insisté sur leur angoisse du futur. Plusieurs d'entre eux ont par exemple raconté qu'ils ne souhaitaient pas avoir d'enfant: "Je ne veux pas prendre cette responsabilité morale", a confié un prévenu.

Etat de nécessité

Contrairement au procès de première instance en janvier (lire encadré), le Ministère public vaudois, représenté par le procureur général Eric Cottier, et le Credit Suisse participent cette fois-ci aux débats. Relativement discrets pendant les interrogatoires mardi matin, ils interviendront durant l'après-midi.

Le prix Nobel de chimie Jacques Dubochet manifeste avec les Grands-parents pour le climat, devant le Tribunal cantonal vaudois, le 22 septembre 2020. [Laurent Gillieron - Keystone]Le prix Nobel de chimie Jacques Dubochet manifeste avec les Grands-parents pour le climat, devant le Tribunal cantonal vaudois, le 22 septembre 2020. [Laurent Gillieron - Keystone]Cela sera aussi le cas des douze avocats de la défense. Comme en première instance, ils vont plaider l'état de nécessité, une disposition du Code pénal qui justifie une action illégale sous certaines conditions.

Pour appuyer leur plaidoirie, ils avaient demandé l'audition de deux témoins, un climatologue et une spécialiste de la finance durable, mais la Cour a rejeté leur requête.

>> L'analyse dans le journal de 19h30:

>> Lire aussi: L'état de nécessité invoqué à Genève lors du procès d'un militant du climat et Le Tribunal de police de Genève condamne un activiste pro-climat

Huis clos maintenu

Le tribunal a également refusé mardi matin d'ouvrir ce procès au public, comme le souhaitait la défense. L'audience se déroule en effet en huis clos partiel, en présence des médias mais pas du public en raison de la crise sanitaire.

Malgré cela, les jeunes activistes ont reçu mardi matin le soutien d'une petite centaine de sympathisants à leur arrivée au tribunal. Ils ont eu droit à une haie d'honneur et des applaudissements lorsqu'ils sont entrés dans le bâtiment.

>> Ecouter: Raphaël Mahaim,  député vert au Grand Conseil vaudois et avocat des activistes du climat:

L'avocat Raphaël Mahaim lors d'une assemblée extraordinaire des Verts vaudois. [Jean-Christophe Bott - Keystone]Jean-Christophe Bott - Keystone
Raphaël Mahaim s'exprime sur le procès en appel des douze activistes du climat / La Matinale / 9 min. / le 21 septembre 2020

ats/sjaq

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Un premier jugement à grand retentissement

En première instance et à la surprise générale, le Tribunal d'arrondissement de Lausanne avait acquitté les douze jeunes gens. Le juge a conclu qu'ils avaient agi en état de nécessité, une disposition du Code pénal qui justifie une action illégale sous certaines conditions.

Prononcé le 13 janvier dernier, ce jugement a connu un écho retentissant: il a été le premier en Suisse, et l'un des rares dans le monde, à reconnaître l'état de nécessité en matière de réchauffement climatique.