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La "charte médias" du mouvement Grève du climat Vaud indigne la presse

Des membres de la Grève du Climat Vaud lors du tirage au sort de la candidature à l'élection complémentaire au Conseil d'Etat vaudois. [Jean-Christophe Bott - Keystone]
Des membres de la Grève du Climat Vaud lors du tirage au sort de la candidature à l'élection complémentaire au Conseil d'Etat vaudois. [Jean-Christophe Bott - Keystone]
Les journalistes qui couvraient mercredi soir le tirage au sort de la candidature Grève du climat au Conseil d'Etat vaudois ont dû signer une charte jugée "attentatoire à la liberté de la presse" par le syndicat Impressum et Reporters sans frontières. Les militants du climat reconnaissent vendredi des maladresses.

Les militants de la Grève du climat Vaud ont exigé que les journalistes signent une charte pour pouvoir assister mercredi soir au tirage au sort de leur candidat.e à l'élection complémentaire au Conseil d'Etat.

Destiné à "assurer le bon déroulement" du tirage au sort, et afin que la candidature reste "collective et participative", le texte indique que la personne tirée au sort n'accordera aucune interview mais que ce sont d'autres militants qui répondront aux questions.

La charte souligne aussi que le mouvement se réserve le droit de refuser la publication de tout contenu "pouvant constituer une tentative de personnalisation de la candidature". Il est encore écrit que les citations directes devront être relues et validées par les personnes interviewées. 

Des conditions qui passent mal

Bien que la dizaine de journalistes présents aient consenti à signer cette charte, les conditions qu'elle pose passent mal au sein de la profession.

Dans un communiqué diffusé vendredi, Impressum dénonce une "violation de la liberté de la presse". Le syndicat des médias estime que cette charte est "en totale contradiction avec les règles, usages et éthique" en vigueur dans le métier.

Impressum dit regretter que ces "restrictions attentatoires" imposées à la liberté de la presse décrédibilisent la "belle cause" qu'est la lutte pour le climat.

Procédé "intolérable"

La section suisse de Reporters sans frontières (RSF) a également fait part de son indignation dans un communiqué diffusé vendredi. L'association reproche au mouvement sa "prétention à orienter (...) le travail des journalistes", qui constitue une "atteinte flagrante à la liberté de la presse".

"Un tel procédé, qu’aucun mouvement ou parti politique ne se permettrait, est aussi inhabituel qu’intolérable dans une société démocratique, pluraliste et ouverte", dénonce RSF.

Le commentaire paru dans La Liberté au lendemain du tirage au sort accuse les militants du climat de vouloir "corseter les journalistes (...) tout en appelant à un débat véritable sur le fond".

Le journaliste de la RTS Ludovic Rocchi est allé quant à lui jusqu'à parler de "dictateurs en herbe" dans son commentaire vendredi matin. Selon lui, une telle charte est "indigne" de "jeunes qui se réclament des grands principes démocratiques".

Signature de Ludovic Rocchi (vidéo) - Vieux Schnock pour le climat [RTS]
Signature de Ludovic Rocchi (vidéo) - Les dictateurs en herbe de la grève du climat / La Matinale / 2 min. / le 13 décembre 2019

Le mouvement reconnaît une erreur

Contacté par la RTS, le collectif a commencé par présenter ses excuses et a reconnu des maladresses dans la rédaction de la charte. "Notre but n'a jamais été de brider la presse, on n'est pas des dictateurs", a assuré l'une des porte-paroles.

La Grève du climat fait régulièrement signer une charte aux médias lors de ses rassemblements nationaux à Berne, a-t-elle expliqué. Mais elle n'engage les journalistes qu'au respect de l'anonymat des personnes.

En ce qui concerne le texte distribué mercredi, "l'erreur a été d'inscrire d'autres phrases maladroites" pouvant laisser penser à une tentative d'influencer la couverture de l'événement.

Selon la porte-parole, cette charte avait pour but de "sensibiliser les médias au fond de notre message" mais elle n'était "pas une condition de traitement de l'information". "On accepte que cela n'aurait pas dû figurer dans une charte; on aurait pu simplement le dire et les médias en auraient fait ce qu'ils voulaient".

La porte-parole a insisté sur le fait que ces chartes étaient avant tout un "contrat de confiance" destiné à protéger des militants souvent jeunes, mais qu'à l'avenir le collectif pourrait reconsidérer cette approche.

Pauline Turuban

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