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Deux ans avec sursis pour le médecin vaudois qui a euthanasié sa patiente

Le procès du médecin généraliste vaudois s'est ouvert lundi matin à Vevey. [Adrien Perritaz - Keystone]
Deux ans avec sursis pour le médecin vaudois qui a euthanasié sa patiente / La Matinale / 2 min. / le 1 octobre 2019
Un médecin généraliste vaudois, accusé d’avoir fait une injection létale à une patiente de 86 ans semblant en fin de vie en 2015, a écopé lundi d’une peine de deux ans de prison avec sursis. Le médecin de 44 ans, son avocat et ses proches sont soulagés.

Le Tribunal correctionnel d'arrondissement de l'Est vaudois est d'avis que, pour agir, le médecin "s'est convaincu que sa patiente était en fin de vie". Et ce, en se basant seulement sur la vision subjective du mari de celle-ci. Cet octogénaire jugeait en effet que son épouse était victime d'acharnement thérapeutique dans le centre universitaire de traitement et réadaptation de Sylvana, où elle était soignée depuis une chute.

Cette conviction ne correspond pas aux éléments médicaux fournis par les médecins de la disparue, a rappelé le Tribunal. Les juges pensent que c'est "principalement sinon exclusivement" pour euthanasier sa patiente que le médecin avait commandé le curare létal. Et non pas parce qu'il était amené à soigner des patients en fin de vie comme l'accusé l'avait avancé.

"Motifs honorables"

Le Tribunal a toutefois précisé qu'il existe trop de doutes pour affirmer que cette euthanasie active était planifiée. Les juges estiment que le prévenu a agi seul de manière assez présomptueuse et avec sentiment de supériorité, mais de manière à atténuer les souffrances de sa patiente.

"Il a franchi la ligne rouge séparant l'euthanasie active indirecte et directe", a relevé la présidente. Laquelle a jugé le risque de récidive inexistant et estimé que l'accusé avait agi "pour des motifs honorables ". C'est grâce à cela que la peine minimale de cinq ans d'emprisonnement prévue en cas de meurtre a pu être contournée.

Le prévenu n'a pas pris de renseignements auprès de ses collègues médecins avant de se décider, a encore relevé le Tribunal. Il aurait aussi agi sans aviser ni le mari, ni le fils, ni les médecins de sa victime. Il a de plus pris pour un consentement le fait que sa patiente lui aurait péniblement répondu "non Docteur" lorsqu'il lui avait proposé d'appeler le 144. Il lui avait ensuite injecté la drogue, puis signalé cette mort comme naturelle.

Patients en soutien

L'avocat du médecin, Me Stefan Disch, s'est félicité de ce "verdict avant tout humain et qui peut apaiser". Et de regretter que "notre législation n'est pas prête à une certaine évolution de la société face à des actes controversés qui peuvent choquer, mais dont certains ont besoin".

Le généraliste, officiant à Pully (VD), s'est quant à lui dit soulagé à la sortie du Tribunal. Il a remercié la centaine de proches et de patients venus le soutenir lors de son procès, sans cependant vouloir en dire plus. Ces derniers, très émus, l'ont applaudi. Certains ont même pleuré.

ats/gma

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Rassurer les médecins

Le procès de Vevey a inquiété une partie du corps médical: la Société vaudoise de médecine (SVM) estime qu'il faut rassurer les médecins. Les directives de l'Académie suisse des sciences médicales (ASSM) fixent un cadre précis à l'euthanasie.

"Une partie croissante de la population souhaite mourir à domicile, ce qui est un désir légitime. Mais il faut permettre au médecin traitant de faire cet accompagnement dans un cadre apaisé, et qu'il ne craigne pas d'être mis en accusation", a expliqué lundi Philippe Eggimann, président de la SVM et de la Société médicale de la Suisse romande.

Aux yeux du médecin, il faut insister et rappeler qu'"un cadre existe: les directives de l'ASSM sont précises et font la distinction entre l'euthanasie active directe et indirecte". Il y a euthanasie active indirecte lorsqu'on administre un médicament pour soulager les souffrances du patient, même si cela risque de raccourcir son existence. "C'est toléré. Cela se fait tous les jours dans nos hôpitaux."