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Premier bilan des réformes au SPJ après l’affaire du père abuseur vaudois

Le TF rappelle que la protection de l’enfant est un droit fondamental inscrit dans la Constitution. [Carlo Reguzzi - Keystone]
Les réformes avancent au Service vaudois de protection de la jeunesse, six mois après le rapport Rouiller / Forum / 3 min. / le 9 avril 2019
Six mois après le rapport sur les dysfonctionnements qui ont entouré l’affaire d'enfants maltraités par leurs parents alors qu’ils étaient suivis par l’Etat, la RTS fait le bilan des réformes en cours au sein du Service vaudois de protection de la jeunesse.

Début 2018, le canton de Vaud découvrait avec stupeur que dans le nord-vaudois, un père avait pu pendant des années maltraiter ses huit enfants et abuser de certains d'entre eux, alors que la famille était suivie par les services sociaux.

L'affaire a eu l'effet d'un électrochoc et entraîné une profonde remise en question du système. Fin septembre, l'ancien juge Claude Rouiller a rendu un rapport sévère sur les dysfonctionnements qui ont entouré l'affaire et émis des recommandations pour éviter qu'un tel drame ne se reproduise.

Dans la foulée, l'Etat a annoncé un plan d'action. Le chef du Service de protection de la jeunesse (SPJ) et la responsable de l'Office régional du Nord-Vaudois ont été limogés.

Une commission interdisciplinaire d'éthique et de protection (CIEP), présidée par le spécialiste des droits de l'enfant Jean Zermatten et composée de cinq professionnels de divers profils, a aussi été nommée pour aider le SPJ à gérer les cas les plus sensibles.

>> Les faits marquants depuis la condamnation du père incestueux:

Recrutement du nouveau chef en cours

Six mois après la parution du rapport Rouiller, une profonde mutation est engagée au Service de Protection de la jeunesse et à la justice de paix.

Le recrutement, très attendu, du nouveau chef du SPJ est toujours en cours mais devrait, selon les informations de la RTS, intervenir prochainement.

>> Ecouter l'interview du chef du SPJ par intérim Frédéric Vuissoz:

Frédéric Vuissoz, chef du Service de protection de la jeunesse par intérim, lundi 29 mai 2017. [Thomas Delley - Keystone]Thomas Delley - Keystone
Bilan 6 mois après le rapport Rouiller sur la protection de l'enfant: interview de Frédéric Vuissoz / Forum / 5 min. / le 9 avril 2019

Vers des Chambres de la protection de l'enfant

Dans ses conclusions, Claude Rouiller recommandait la création de juges pour mineurs. Après avoir étudié la question, le Tribunal cantonal propose de créer des Chambres de la protection de l'enfant uniques en Suisse, a appris la RTS.

Le président du Tribunal cantonal Eric Kaltenrieder estime que cette proposition va encore plus loin que la recommandation de l'ancien juge Rouiller.

Dans ces Chambres, des juges et des assesseurs seraient formés spécifiquement aux questions liées aux mineurs mais, en raison de la lourdeur de la tâche, ils traiteraient aussi d'autres dossiers.

Le projet est en cours et a été discuté la semaine dernière avec une délégation du Conseil d'Etat. Il impliquera des moyens supplémentaires et pourrait se concrétiser d'ici l'été 2020.

Quant à la CIEP, au coeur de la réforme, elle s'est réunie trois fois à ce jour et devrait se rencontrer tous les mois. Elle s'est penchée à ce stade sur une dizaine de cas, souvent des situations où la question du placement d'un enfant fait débat.

>> Ecouter l'interview d'Eric Kaltenrieder dans La Matinale:

Eric Kaltenrieder, président du Tribunal cantonal vaudois. [Valentin Flauraud - Keystone]Valentin Flauraud - Keystone
Le Tribunal cantonal vaudois va créer des chambres spécialisées dans la protection de l'enfant / Le Journal horaire / 1 min. / le 10 avril 2019

Pression sur les travailleurs sociaux

Si les réformes avancent, la gravité de l'affaire a eu un impact sur les employés des services sociaux. La peur qu'un tel drame puisse se reproduire a gagné le service.

D'après Jacques Cornu, directeur adjoint de foyers d'accueil d'urgence pour jeunes dans le canton, la pression est plus forte sur les assistants sociaux et par conséquent sur les équipes éducatives.

Un sentiment prédomine: celui que, par prudence, on tendrait à sortir plus facilement les enfants de leurs familles pour les placer.

Demandes de prise en charge d'urgence en hausse

Si on regarde les chiffres, pas de forte augmentation: 1063 enfants ont été placés l'an dernier, soit 9 de plus qu'en 2017.

Mais les demandes de prise en charge dans les foyers d'urgence, elles, ont nettement progressé. Elles ont doublé en cinq ans et augmenté de 30% rien qu'entre 2017 et 2018 pour s'établir à 800. Il y a aujourd’hui saturation en terme de places d’accueil.

Sujet radio: Tania Barril

Adaptation web: Pauline Turuban

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