Modifié le 01 février 2019 à 11:27

Il y a 60 ans, Vaud devenait le premier canton à laisser voter les femmes

Vaud a été le premier canton de Suisse à accorder le droit de vote aux femmes, 12 ans avant que ce droit ne soit étendu au niveau fédéral (image d'illustration).
Vaud a été le premier canton de Suisse à accorder le droit de vote aux femmes, 12 ans avant que ce droit ne soit étendu au niveau fédéral (image d'illustration). [ - Keystone]
Canton précurseur, Vaud a accordé le droit de vote aux femmes le 1er février 1959. Mais il a encore fallu douze ans de combat pour que ce droit soit étendu au niveau fédéral, rappelle la féministe lausannoise Simone Chapuis-Bischof.

Le 1er février 1959, plus de deux tiers des électeurs suisses refusent une nouvelle fois en votation fédérale d'accorder le droit de vote aux femmes.

Seuls trois cantons romands, Vaud, Neuchâtel et Genève, font exception et expriment leur soutien à cette idée qui est déjà en vigueur depuis longtemps dans la plupart des autres pays européens.

Pour les Vaudoises, la défaite au niveau fédéral s'accompagne le même jour d'une consolation majeure au niveau local. Une votation cantonale sur le même sujet avait en effet été couplée à l'objet fédéral.

Le canton de Vaud devient donc, il y a 60 ans jour pour jour, le premier à accorder aux femmes le droit de vote aux niveaux cantonal et communal. A Neuchâtel, l'introduction dans la loi se fera en septembre de la même année, et à Genève en mars 1960.

Figures du féminisme romand

La féministe lausannoise Simone Chapuis-Bischof, presque 88 ans aujourd'hui, a rejoint au tournant des années 1960 plusieurs organisations militantes, dont l'Association pour le suffrage féminin.

La victoire électorale cruciale dans le canton de Vaud avait créé un contexte propice aux femmes désireuses de s'engager en politique.

Poussée au départ par le rejet des inégalités salariales, Simone Chapuis-Bischof s'est jointe au combat pour que le droit de vote soit accordé à toutes les Suissesses, aux côtés d'autres figures du féminisme romand comme Antoinette Quinche ou Gertrude Girard-Montet.

>> Plongée dans les archives et entretien avec Simone Chapuis-Bischof:

La féministe lausannoise Simone Chapuis-Bischof, bientôt 88 ans, lutte pour l'égalité entre hommes et femmes depuis le début des années 1960.
L'actu en vidéo - Publié le 31 janvier 2019

"Beaucoup de travail à faire"

"Il restait encore beaucoup de travail à faire", se remémore la féministe. A grands renforts d'affiches, les opposants affirmaient notamment que les femmes "délaisseraient leurs bébés si elles se mettaient à faire de la politique" ou que la paix des ménages s'en trouverait ébranlée.

L'argument selon lequel les femmes seraient trop irrationnelles pour voter, "je l'ai beaucoup entendu", se souvient Simone Chapuis-Bischof. Qui relève que l'on trouvait aussi de nombreuses femmes dans les rangs des "Nein-sager".

"Comble du comble, une opposante au suffrage féminin se disait féministe, et affirmait qu'il fallait empêcher les femmes de voter pour les protéger!", s'étrangle encore la féministe.

Victoire douze ans plus tard

Il faudra attendre le 7 février 1971 pour que la majorité des électeurs (66%) décident d'accorder aux femmes le droit de vote et d’éligibilité au niveau fédéral. Soit plus de 50 ans après l’Allemagne et l’Autriche, et près de 30 ans après la France et l’Italie. Les habitantes d'Appenzell Rhodes-Intérieures, elles, ont même dû attendre novembre 1990 pour obtenir l'égalité civique.

Après cette victoire, les femmes ont eu besoin d'un "temps d'adaptation" pour prendre en main leurs nouveaux droits. Raison pour laquelle les organisations féministes se sont par la suite attachées à délivrer des cours d'éducation civique.

Et pour Simone Chapuis-Bischof, ce n'était que le début d'une existence dédiée à la lutte pour l'égalité entre hommes et femmes. 

Texte et vidéo: Pauline Turuban

Publié le 01 février 2019 à 08:33 - Modifié le 01 février 2019 à 11:27